Recevoir une convocation chez le juge d’instruction, voir son nom cité dans une procédure pénale, comprendre qu’on passe du statut de simple suspect à celui de personne officiellement mise en cause : c’est un choc.
Pour la plupart des personnes que j’accompagne, c’est une première confrontation au monde pénal. Les repères habituels n’existent pas. Les sigles, les délais, les enjeux restent abstraits tant qu’on ne les a pas expliqués concrètement. Cet article a précisément vocation à poser ces bases.
Mise en examen ne signifie pas condamnation. La présomption d’innocence reste entière. Néanmoins, l’annonce d’une mise en examen bouleverse la vie de la personne concernée et de son entourage.
En tant qu’avocat pénaliste intervenant à Paris et à Marseille, j’accompagne depuis plus de 10 ans des personnes confrontées à cette étape décisive. Cet article vous explique concrètement ce qu’est la mise en examen, comment elle se déroule et quels sont vos droits.
En 2024, 28 144 personnes ont été mises en examen en France [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 16]. C’est un moment où le choix de l’avocat et la stratégie de défense sont déterminants.
Les points essentiels
- La mise en examen exige des indices graves ou concordants et ne peut être prononcée que par un juge d’instruction.
- Être mis en examen ne signifie pas être coupable : la présomption d’innocence reste entière.
- Le droit au silence et l’assistance d’un avocat sont des garanties fondamentales dès le premier interrogatoire.
- Trois issues possibles : non-lieu, renvoi devant le tribunal correctionnel ou mise en accusation devant les assises ou la cour criminelle.
- La mise en examen n’apparaît pas au casier judiciaire : seules les condamnations définitives y figurent.
Qu’est-ce que la mise en examen exactement ?

La mise en examen est l’acte par lequel un juge d’instruction décide qu’une personne est officiellement soupçonnée d’avoir commis une infraction.
L’article 80-1 du code de procédure pénale pose la règle : elle exige des « indices graves ou concordants » rendant vraisemblable la participation de la personne aux faits, comme auteur ou complice.
Deux points doivent être retenus tout de suite. D’abord, seul un juge d’instruction peut prononcer cette décision : ni le procureur, ni la police n’ont ce pouvoir. Ensuite, la formule légale est alternative — des indices « graves OU concordants » suffisent, ce n’est pas cumulatif.
Au-delà de sa dimension procédurale, la mise en examen change le statut de la personne dans le dossier. Elle devient partie à la procédure. Ce changement ouvre des droits substantiels — et peut s’accompagner d’obligations, selon les mesures éventuellement prononcées par le juge.
Pour une analyse détaillée de la définition, des indices graves ou concordants et de l’historique du terme (ancienne inculpation avant 1993), consultez notre article dédié à la définition complète de la mise en examen.
A retenir : La durée médiane d’un instruction est de 29 mois en 2024. Elle varie selon la complexité de l’affaire : de plusieurs mois pour un délit simple (mais c’est rare) à plusieurs années pour les dossiers criminels et complexes [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 16].
Qui peut être mis en examen et dans quelles circonstances ?
Toute personne peut être mise en examen dès lors qu’il existe contre elle des indices graves ou concordants de sa participation à une infraction. Sont concernés les personnes physiques majeures, les mineurs (avec des garanties renforcées) et les personnes morales (représentées alors par leur dirigeant légal).
La mise en examen intervient exclusivement dans le cadre d’une information judiciaire. Elle est obligatoire en matière criminelle et fréquente dans les affaires complexes en droit pénal des affaires.
Le détail des conditions légales et des types d’affaires concernés est développé dans notre article dédié.
Une question sur une mise en examen ? Contactez le cabinet
Quand doit-on être mis en en examen ?
Le juge d’instruction a le choix du rythme de son instruction et de sa temporalité.
En revanche, le juge d’instruction, ou les enquêteurs qu’il mandate, ne peut pas vous entendre comme simple témoin alors qu’il existe déjà des indices graves et concordants (art. 105 CPP).
Cela s’appelle une mise en examen tardive et cela s’assimile à un contournement de procédure.
La sanction est néanmoins limitée à la nullité des auditions irrégulières et des actes qui en découlent ; la mise en examen elle demeure [Crim. 20 juin 2001, n° 01-82.607].
Quelle est la différence entre témoin assisté et mise en examen ?
Le témoin assisté est un statut intermédiaire entre le simple témoin et la personne mise en examen (art. 113-1 à 113-8 du code de procédure pénale). Il confère des droits de la défense — assistance d’un avocat, accès au dossier — mais ne permet ni le placement en détention provisoire, ni le contrôle judiciaire, ni le renvoi devant un tribunal.
Le tableau comparatif complet des deux statuts et la stratégie de défense à adopter sont développés dans notre article dédié sur le passage du statut de témoin assisté à mis en examen .
Point de procédure : Le juge d’instruction peut faire basculer un témoin assisté en mis en examen à tout moment, et inversement : depuis la loi du 20 novembre 2023, la personne mise en examen peut demander son retour au statut de témoin assisté dans les 10 jours de sa mise en examen.
Comment se déroule concrètement une mise en examen ?
La mise en examen passe par un interrogatoire de première comparution devant le juge d’instruction (art. 116 du code de procédure pénale). L’avocat doit être convoqué au moins cinq jours ouvrables à l’avance et accède au dossier complet au plus tard quatre jours avant (art. 114 CPP). Sa présence est obligatoire.
Le juge vérifie l’identité de la personne, lui notifie les faits reprochés et leur qualification juridique, et l’informe de ses choix : garder le silence, répondre aux questions ou faire des déclarations.
S’il estime que les indices sont suffisants, il prononce la mise en examen et fait signer le procès-verbal — pièce centrale qui fixe l’accusation à ce stade.
Dans ma pratique à Paris et Marseille, je rencontre trois parcours types pour arriver à cet interrogatoire :
- La personne est déférée au juge à l’issue d’une garde à vue menée par le procureur de la République (il ouvre une information judiciaire).
- La personne est entendue en « garde à vue sous commission rogatoire » puis présentée au juge. C’est un dispositif qui retarde la connaissance du dossier par l’avocat puisque celui-ci n’y a pas accès pendant la garde à vue.
- La personne est convoquée pour un interrogatoire de première comparution, sans garde à vue préalable. C’est un dispositif que l’on rencontre plus souvent en droit pénal des affaires.
L’analyse détaillée de l’interrogatoire de première comparution et la préparation stratégique avec son avocat sont traitées dans un article dédié.
Dans certains cas, la mise en examen peut être contestée. C’est par exemple le cas si les preuves rassemblées en amont ont été déclarées irrégulières ou quand des vices entachent l’interrogatoire lui-même. La procédure de nullité et les recours possibles doit alors être exploitée.
Quels sont vos droits lorsque vous êtes mis en examen ?
La mise en examen ouvre quatre droits fondamentaux, considérablement renforcés depuis la loi du 15 juin 2000 :
- Le droit à l’assistance d’un avocat à chaque interrogatoire et confrontation (art. 114 CPP)
- Le droit d’accès à l’intégralité du dossier de la procédure, pour vous-même et votre avocat (art. 114 CPP)
- Le droit de demander des actes d’investigation — expertises, auditions, confrontations (art. 82-1 CPP)
- Le droit de garder le silence, à valeur constitutionnelle, qui ne peut jamais être retenu contre vous (art. 116 al. 4 CPP)
Il faut décider avec votre avocat comment vous allez exercer ces droits. Selon les affaires, selon les moments, il faut choisir une stratégie offensive ou défensive, proactive ou passive. Consultez notre article dédié aux droits du mis en examen pour mieux comprendre le choix de votre stratégie.
Une interrogation sur la stratégie ? Contactez le cabinet
Mise en examen et présomption d’innocence : ce que dit la loi
La présomption d’innocence est un principe à valeur constitutionnelle. Être mis en examen ne signifie absolument pas être coupable. Le droit français protège spécifiquement la personne mise en examen contre les atteintes à ce principe.
Un principe constitutionnel fondamental
Toute personne mise en examen est présumée innocente jusqu’à condamnation définitive.
La présomption d’innocence est garantie au niveau constitutionnel (article 9 de la DDHC) et au niveau européen (article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH)).
L’article préliminaire du code de procédure pénale et l’article 9-1 du code civil la rappellent également.
Mise en examen ne signifie pas culpabilité
Il est interdit de présenter publiquement une personne mise en examen comme coupable. La diffusion de son image menottée ou en détention est punie de 15 000 euros d’amende. De même, les sondages d’opinion sur la culpabilité sont prohibés (art. 35 ter de la loi du 29 juillet 1881).
Si votre présomption d’innocence est violée, vous pouvez agir en justice, y compris en référé devant le juge civil, pour faire cesser l’atteinte (art. 9-1 du code civil).
Une question fréquente : la mise en examen apparaît-elle au casier ? Réponse dans notre article sur mise en examen et casier judiciaire.
Quelles mesures peuvent accompagner une mise en examen ?
Après la mise en examen, trois mesures de sûreté peuvent être prononcées par le juge d’instruction — ou aucune. Le principe posé par l’article 137 du code de procédure pénale est simple : toute personne mise en examen, présumée innocente, demeure libre. La liberté sans mesure est donc la règle, et les restrictions de liberté sont subsidiaires.
Les trois mesures possibles sont :
- Le contrôle judiciaire : obligations diverses (ne pas quitter le territoire, pointage, cautionnement, interdictions professionnelles…). Il représentait 53 % des mesures de sûreté à l’instruction en 2024 [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 16].
- La détention provisoire : mesure exceptionnelle, réservée aux cas où ni le contrôle judiciaire ni l’assignation à résidence ne suffisent (art. 143-1 et 144 CPP). Elle représentait 44 % des mesures en 2024, avec une durée moyenne de 5,3 mois.
- L’assignation à résidence sous surveillance électronique (ARSE) : alternative à la détention, encore marginale (3 % des mesures en 2024) [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 24].
Chaque mesure obéit à des conditions précises, à des possibilités de contestation et de mainlevée. Reportez-vous à notre article dédié pour connaître l’analyse détaillée des trois mesures (CJ, DP, ARSE).
| Mesure | Fréquence 2024 | Durée moyenne |
| Contrôle judiciaire | 53 % (16 322) | Variable |
| Détention provisoire | 44 % (13 551) | 5,3 mois |
| ARSE | 3 % (924) | Variable |
Comment se termine une mise en examen ?
La mise en examen prend fin avec le règlement de l’information judiciaire. Le juge d’instruction doit d’abord envoyer un avis de fin d’information.
L’avis de fin d’information
Lorsque l’information lui paraît terminée, le juge communique le dossier au procureur. Parallèlement, il avise les parties que l’information est achevée (article 175 CPP).
Les parties disposent alors d’un délai de 3 mois (1 mois si la personne est détenue) pour formuler des observations ou des demandes d’actes.
L’instruction se termine par un avis de fin d’information. Découvrez la procédure dans notre article sur l’avis de fin d’information .
Les trois issues possibles
Le non-lieu (art. 177 CPP) met fin aux poursuites. Il intervient lorsque les charges sont insuffisantes ou que l’infraction n’est pas constituée.
En 2024, 7 099 non-lieux ont été prononcés. Ce chiffre représente environ 24 % des règlements [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 16].
- L’issue la plus favorable est bien entendu le non-lieu. Découvrez comment obtenir un non-lieu.
- Le renvoi devant le tribunal correctionnel (art. 179 CPP) intervient pour les délits. Il était la décision la plus fréquente en 2024 avec 15 787 renvois (durée médiane d’instruction : 27 mois) [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 16].
- La mise en accusation devant la cour d’assises ou la cour criminelle départementale (art. 181 CPP) concerne les crimes. En 2024, 4 221 mises en accusation ont été prononcées [Source : Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 16].
Le procureur rend ensuite son réquisitoire définitif. Notre article détaille le réquisitoire définitif et l’ordonnance de renvoi.
Vous voulez connaitre les suites de votre mis en examen ? Contactez le cabinet
L’appel des ordonnances de règlement
Les ordonnances du juge d’instruction sont susceptibles d’appel devant la chambre de l’instruction (art. 186 CPP). Le délai d’appel est de 10 jours. La chambre de l’instruction réexamine alors l’ensemble du dossier.
C’est une voie de recours qu’il faut considérer, à tout le moins pour des raisons stratégiques. Une chambre de l’instruction peut en effet même aggraver la situation en estimant qu’une correctionnalisation n’était pas opportune.
Pour une vue synthétique de toutes les conséquences d’une mise en examen — casier, mesures de sûreté, issues — consultez notre article récapitulatif.
A retenir : il y a 3 issues possibles à la fin d’un instruction : le non-lieu, le renvoi devant le tribunal ou la mise en accusation devant la cour d’assises ou la cour criminelle.
Une question sur un dossier en fin d’instruction ? Contactez le cabinet.
Que faire immédiatement si vous êtes mis en examen ? Les 5 réflexes clés
Les premières heures après une mise en examen sont déterminantes. Sur le terrain, je constate que les erreurs commises à ce stade peuvent compromettre toute la défense.
Voici les 5 réflexes indispensables.
Étape 1 : Contactez immédiatement un avocat pénaliste
Ne restez jamais sans avocat face à un juge d’instruction. Si vous n’avez pas encore choisi votre avocat, demandez-en un au bâtonnier. Un pénaliste expérimenté connaît les pièges de l’interrogatoire de première comparution.
Étape 2 : Ne faites aucune déclaration sans votre avocat
Le droit au silence est votre meilleure protection. La Chambre criminelle a rappelé qu’un mis en examen ne peut être interrogé que par le juge d’instruction, et que son avocat doit être dûment convoqué [Crim. 5 mars 2013, n° 12-87.087].
Étape 3 : Respectez scrupuleusement les obligations du contrôle judiciaire
Si un contrôle judiciaire est prononcé, chaque obligation doit être respectée. Le moindre manquement peut entraîner une révocation et un placement en détention provisoire.
Étape 4 : Préparez les documents utiles à votre défense
Rassemblez immédiatement tout document favorable. Justificatifs de domicile, attestations professionnelles, éléments de personnalité : votre avocat vous guidera sur les pièces nécessaires.
Étape 5 : Informez votre entourage avec prudence
Vous pouvez informer vos proches de votre situation générale si vous le souhaitez. Mais ne communiquez jamais le contenu du dossier. Et ne contactez surtout pas les témoins ni la partie civile.
Une mise en examen peut souvent arriver après une garde à vue. Afin de mieux vous défendre, consultez notre article sur le parcours complet de la garde à vue jusqu’à la mise en examen.
La mise en examen apparaît-elle sur le casier judiciaire ?
Non. La mise en examen n’apparaît sur aucun des bulletins du casier judiciaire (B1, B2, B3). Seules les condamnations définitives y figurent. Votre employeur ne peut donc pas être informé d’une mise en examen par le casier judiciaire.
Attention toutefois : si le casier reste vierge, la mise en examen reste tracée dans les fichiers judiciaires — y compris après un non-lieu.
Consultez notre article qui explicite les fichiers consultés par les administrations et les cas d’inscription éventuelle au bulletin n° 2.
Questions fréquentes sur la mise en examen
La garde à vue est une mesure policière de courte durée (24 à 48 heures). La mise en examen est une décision judiciaire du juge d’instruction qui ouvre une procédure plus longue, avec des risques plus grand mais avec des droits renforcés.
Oui. Le juge d’instruction peut convoquer directement une personne pour un interrogatoire de première comparution. Cela peut arriver plus souvent en droit pénal des affaires.
La durée médiane est de 29 mois en 2024. Elle varie selon la complexité de l’affaire : de plusieurs mois pour un délit simple (mais c’est rare) à plusieurs années pour les dossiers criminels et complexes.
Oui. La loi du 20 novembre 2023 a modifié le régime de contestation. Avant, vous pouviez demander le passage au statut de témoin assisté après écoulement d’un délai de 6 mois. Désormais, vous pouvez demander le statut de témoin assisté dans les 10 jours suivant la mise en examen (art. 80-1-1 CPP).
Le ministère public peut requérir « l’élargissement » de votre mise en examen en cas de nouveaux faits en cours d’instruction. Vous pouvez alors mis en examen pour de nouveaux faits.
C’est un contournement de procédure. C’est lorsque le juge d’instruction, ou les enquêteurs qu’il mandate, entend comme simple témoin une personne contre laquelle existent déjà des indices graves et concordants.
Oui, sauf restrictions imposées par le contrôle judiciaire. Le secret de l’instruction protège en principe votre vie professionnelle. Votre employeur n’est pas automatiquement informé.
Le non-lieu suppose que les charges sont insuffisantes. Votre avocat peut déposer un mémoire de défense, demander des actes d’investigation et formuler des observations lors de l’avis de fin d’information. Ou encore ne rien faire car le dossier est faible. C’est à lui de définir la stratégie et de vous l’expliquer.

Pourquoi se faire accompagner par un avocat pénaliste dès la mise en examen ?
En conclusion, la mise en examen est une étape majeure de la procédure pénale. Elle ne signifie pas condamnation. Mais elle exige une réaction rapide et une stratégie de défense adaptée dès les premières heures.
J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Avec plus de 10 ans d’expérience en droit pénal, j’accompagne les personnes mises en examen à chaque étape de l’instruction.