Mis en cause pour blanchiment : guide de défense

Sommaire

Le blanchiment d’argent est l’une des infractions les plus techniques du droit pénal des affaires. Elle peut concerner un dirigeant, un professionnel libéral ou un particulier qui découvre, parfois avec stupeur, qu’une opération banale est susceptible d’être qualifiée pénalement.

En tant qu’avocat pénaliste intervenant à Paris et à Marseille, j’accompagne depuis plus de 10 ans des personnes mises en cause pour blanchiment. L’enjeu, dans ce contentieux, est double : discuter chaque maillon de la qualification, et démontrer l’absence d’élément intentionnel.

Il s’agit de comprendre ce qui se joue à chaque étape de la procédure. Voici la définition légale du blanchiment, les éléments que l’accusation doit établir, et l’échelle réelle des peines encourues.

LES POINTS ESSENTIELS

  • Le blanchiment est défini par l’article 324-1 du code pénal sous deux formes : justification mensongère de l’origine de fonds illicites ou concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion.
  • L’infraction suppose une origine criminelle ou délictuelle des fonds (fraude fiscale, vol, corruption, travail dissimulé, etc.).
  • L’élément intentionnel est central : le mis en cause doit avoir eu connaissance de l’origine illicite et avoir voulu participer à la dissimulation.
  • Peines de principe : 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende, doublées en cas d’habitude, d’activité professionnelle ou de bande organisée.
  • L’amende peut être portée à la moitié de la valeur des biens ou fonds blanchis (art. 324-3 CP).

Comment le code pénal définit-il le blanchiment d’argent ?

Bureau d'Armand Feste-Guidon, avocat pénaliste. Table en verre et métal, bibliothèque blanche en bois, petit canon en laiton en arrière plan

Beaucoup de dirigeants découvrent qu’ils sont mis en cause pour blanchiment alors qu’ils n’ont jamais associé ce terme à leur activité. Le blanchiment, en droit pénal, n’est pas réservé aux trafics ou au grand banditisme. Il vise toute opération qui maquille l’origine de fonds illicites.

L’article 324-1 du code pénal en donne la définition. Il vise d’abord « le fait de faciliter, par tout moyen, la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenus de l’auteur d’un crime ou d’un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou indirect ».

Il vise également « le fait d’apporter un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’un crime ou d’un délit ».

Concrètement, la loi sanctionne le fait d’aider à donner une apparence légale à des biens ou des sommes d’origine illicite. Le législateur a volontairement choisi une formule large pour couvrir une multitude de montages, du plus rudimentaire au plus sophistiqué.

Une convocation, une perquisition ou une demande d’audition pour ces faits doit être prise au sérieux dès le premier acte de la procédure.

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Quels sont les éléments constitutifs du blanchiment ?

Pour qu’une condamnation soit prononcée, le ministère public doit démontrer la réunion de plusieurs éléments. Trois éléments s’articulent : un acte matériel précis, un produit issu d’une infraction d’origine, et une intention coupable.

En quoi consiste l’élément matériel du blanchiment ?

L’article 324-1 du code pénal prévoit deux comportements distincts. Chacun, pris isolément, suffit à caractériser l’infraction.

Le premier est la facilitation, par tout moyen, de la justification mensongère de l’origine de biens ou revenus tirés d’un crime ou d’un délit (al. 1). Il s’agit de donner une apparence légale aux fonds d’origine illicite.

Concrètement, la jurisprudence a notamment retenu :

Le second comportement est le concours à une opération de placement, de   dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’une infraction (al. 2).

Le mécanisme classique consiste à introduire les fonds dans le circuit économique, à les convertir par des opérations destinées à dissimuler leur origine, puis à les intégrer sous une apparence licite.

Par exemple, le fait de déposer le produit d’un crime ou d’un délit sur un compte conduit à faire entrer des fonds illicites dans le circuit bancaire, et constitue une opération de placement caractérisant le délit de blanchiment [Cass. crim. 18 mars 2020, n°18-85.542].

À retenir : Un seul acte de placement, de dissimulation ou de conversion suffit à caractériser l’élément matériel. La loi n’exige ni montage sophistiqué, ni accumulation d’opérations.

Une personne peut-elle blanchir le produit de sa propre infraction ?

L’auteur d’une infraction peut être poursuivi pour blanchiment du produit de cette même infraction. C’est l’ « auto-blanchiment » qui permet d’être poursuiv pour les deux infractions.

La chambre criminelle a posé le principe dans un arrêt fondateur [Cass. crim., 14 janvier 2004, n° 03-81.165]. Elle l’a réaffirmé de manière constante depuis, particulièrement en matière fiscale, où le tandem fraude fiscale + blanchiment de fraude fiscale est devenu un classique des poursuites du parquet national financier et des juridictions interrégionales spécialisées.

Une distinction technique mérite d’être soulignée. L’auto-blanchiment n’est admis que sur le fondement du second alinéa de l’article 324-1 du code pénal — concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion. Il n’est pas retenu pour le blanchiment par justification mensongère (alinéa 1), qui suppose par nature l’intervention d’un tiers.

Concrètement, le dirigeant qui dissimule des revenus à l’administration fiscale, puis utilise ces sommes pour acquérir des biens ou les placer sur un compte bancaire, peut être poursuivi à la fois pour fraude fiscale et pour blanchiment du produit de cette fraude.

Sur quoi porte le produit blanchi en pratique ?

Le blanchiment porte sur des biens, revenus ou produits issus d’une infraction. Le terme « produit » désigne tout avantage, direct ou indirect, tiré d’une infraction pénale.

Le périmètre est plus large que le seul argent liquide. La jurisprudence a notamment retenu des revenus dissimulés [Cass. crim., 20 février 2008, n° 07-82.977]. Elle a également admis le blanchiment portant sur des biens matériels volés, en l’espèce des engins de chantier [Cass. crim., 26 janvier 2011, n° 10-84.081].

En pratique, tout avantage patrimonial tiré d’une infraction peut donc constituer le support du blanchiment, qu’il s’agisse de numéraire, de virements, de biens immobiliers ou d’actifs mobiliers.

Quelles infractions peuvent constituer la source ?

Le blanchiment suppose que le produit provienne d’un crime ou d’un délit (art. 324-1 CP). La jurisprudence a progressivement précisé plusieurs infractions d’origine retenues par la chambre criminelle. Voici des exemples.

Infraction sous-jacenteRéférence jurisprudentielle
Fraude fiscale[Cass. crim., 18 mars 2020, n° 18-86.491]
Travail dissimulé[Cass. crim., 12 juin 2019, n°18-83.396]
Corruption[Cass. crim. 24 février 2010, n°09-82.857]
Vol[Cass. crim., 3 décembre 2003, n° 02-84.646]

Bon à savoir : La fraude fiscale, le travail dissimulé, la corruption ou le vol sont autant d’infractions d’origine couramment retenues comme source du blanchiment. Le contentieux déborde donc largement les seuls trafics de stupéfiants.

Comment se prouve l’élément intentionnel ?

L’infraction de blanchiment ne se conçoit pas sans intention coupable. Le mis en cause doit avoir eu connaissance de l’origine illicite des fonds, et avoir voulu participer à leur dissimulation.

Il n’est cependant pas nécessaire que l’auteur ait eu connaissance exacte des infractions précises préalables au blanchiment.

Deux illustrations classiques permettent de saisir cette exigence :

  • le conseiller financier d’un fraudeur fiscal qui a sciemment aidé au placement à l’étranger de sommes d’argent liquide dont il savait qu’elles avaient une origine illicite [Cass. crim., 3 décembre 2003, n° 02-84.646] ;
  • un établissement bancaire s’abstenant de signaler des opérations dont le caractère frauduleux ne pouvait lui échapper au regard des informations dont il disposait [Cass. crim. 19 juin 2024, n° 22-81.808]

Dans ma pratique parisienne et marseillaise, le travail sur l’élément moral commence dès la garde à vue ou la première audition. Chaque déclaration peut être exploitée par l’enquête pour présumer la connaissance de l’origine illicite.

Que prévoit la présomption d’origine illicite?

Le droit pénal français permet un renversement de la charge de la preuve. L’article 324-1-1 du code pénal instaure une présomption d’origine illicite des fonds. Il suffit que les opérations de placement, de dissimulation ou de conversion ne trouvent pas d’autre explication rationnelle que la volonté d’en masquer l’origine ou d’en dissimuler le bénéficiaire effectif.

Concrètement, le parquet n’a plus à prouver l’infraction d’origine de manière précise. Il lui suffit de démontrer que les conditions de l’opération sont objectivement inexplicables autrement que par une volonté de dissimulation. C’est ensuite au mis en cause d’apporter une justification crédible.

La Cour de cassation étonnamment considéré que présomption de blanchiment ne porte pas atteinte aux droits de la défense [Cass. Crim., Cass. crim., 4 décembre 2024, n° 24-83.013].

La présomption reste toutefois simple, et non irréfragable. Elle peut être combattue par la démonstration d’une explication économique, juridique ou patrimoniale plausible.

Attention : C’est sur cette présomption que se concentre une grande partie du contentieux. Préparer en amont une justification documentée des flux financiers, des contreparties économiques et des bénéficiaires effectifs est souvent ce qui permet de renverser la présomption avant qu’elle ne se cristallise dans le dossier.

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Quelles peines risque-t-on pour blanchiment d’argent ?

Les peines varient selon les circonstances de l’infraction. Le code pénal prévoit un régime de base, plusieurs aggravations et un mécanisme de calque sur l’infraction d’origine.

SituationEmprisonnementAmende
Blanchiment simple (art. 324-1 CP, 324-3 CP)5 ans375 000 € et jusqu’à moitié de la valeur des biens/fonds blanchis
Habitude / activité professionnelle / bande organisée (art. 324-2 CP, 324-3 CP)10 ans750 000 € et jusqu’à moitié de la valeur des biens/fonds blanchis
Crime ou délit sous-jacent puni plus sévèrement (art. 324-4 CP)Peines de l’infraction d’originePeines de l’infraction d’origine

Dans quels cas les peines sont-elles aggravées ?

Trois circonstances entraînent un doublement de la peine de référence. L’emprisonnement passe de 5 à 10 ans et l’amende de 375 000 à 750 000 euros.

Ces circonstances sont :

  • la commission des faits de manière habituelle ;
  • la commission de l’infraction dans le cadre d’une activité professionnelle ;
  • la commission de l’infraction en bande organisée.

Comment l’amende peut-elle être portée à la moitié des fonds blanchis ?

L’article 324-3 du code pénal prévoit un mécanisme spécifique : l’amende peut être portée à la moitié de la valeur des biens ou des fonds blanchis (art. 324-3 CP).

Concrètement, plus le montant blanchi est élevé, plus l’amende encourue dépasse les 375 000 ou 750 000 euros prévus comme planchers textuels. Sur des dossiers à fort enjeu patrimonial, cette mécanique transforme totalement l’échelle de la sanction.

Par ailleurs, lorsque l’infraction dont proviennent les biens ou fonds blanchis est punie d’une peine privative de liberté plus sévère que celle prévue pour le blanchiment, le blanchiment est alors puni des peines applicables à l’infraction d’origine (art. 324-4 CP). Ainsi, le blanchiment du produit d’un crime peut être réprimé comme ce crime lui-même. .

Face à un risque pénal qui peut atteindre, en pratique, des peines bien plus lourdes que les 5 ans textuels, la stratégie de défense doit être pensée dès le premier acte d’enquête.

À retenir : La peine encourue ne se lit jamais sans considérer les articles 324-3 et 324-4 du code pénal. Le calcul réel intègre la valeur des fonds et la peine de l’infraction d’origine.

Questions fréquentes sur le blanchiment d’argent

Quelle est la peine encourue pour un blanchiment simple ?

Le blanchiment simple est puni de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende (art. 324-1 du code pénal). L’amende peut toutefois être portée à la moitié de la valeur des biens ou des fonds blanchis (art. 324-3 CP), ce qui modifie radicalement l’échelle réelle de la sanction.

Quand le blanchiment est-il considéré comme aggravé ?

Le blanchiment est aggravé lorsqu’il est commis de manière habituelle, dans le cadre d’une activité professionnelle, ou en bande organisée. Les peines sont alors portées à 10 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende. Une seule de ces circonstances suffit à déclencher l’aggravation.

Quelles infractions peuvent être à l’origine d’un blanchiment ?

Tout crime ou délit peut servir d’infraction d’origine. La jurisprudence a notamment retenu la fraude fiscale, le travail dissimulé, la corruption ou encore le vol. Le périmètre est donc très large et concerne aussi bien le pénal des affaires que le droit pénal de droit commun.

Faut-il avoir eu connaissance de l’origine illicite des fonds ?

Oui. L’élément intentionnel est central : il faut que le mis en cause ait eu connaissance de l’origine illicite et qu’il ait voulu participer à la dissimulation. C’est sur ce point que se concentre souvent une grande partie des stratégies de défense en matière de blanchiment.

Que risque-t-on si l’infraction d’origine est punie plus sévèrement ?

L’article 324-4 du code pénal prévoit que lorsque l’infraction d’origine est punie d’une peine privative de liberté supérieure, le blanchiment est puni des peines attachées à cette infraction. Un blanchiment portant sur le produit d’un crime peut donc encourir les mêmes peines que ce crime.

Mis en cause pour blanchiment : guide de défense. Bureau d'un avocat pénaliste, table en verre transparente avec angle en métal, couleurs provençales

Pourquoi consulter un avocat pénaliste face à une accusation de blanchiment ?

En conclusion, le blanchiment est une infraction technique qui mobilise plusieurs articles du code pénal et une jurisprudence dense. La défense se joue sur la qualification : élément matériel discuté, infraction d’origine contestée, élément intentionnel mis en doute. Chaque maillon de la chaîne probatoire mérite d’être examiné individuellement.

Que vous soyez mis en cause comme dirigeant, professionnel libéral ou particulier, ou que vous soyez victime cherchant à vous constituer partie civile, l’intervention rapide d’un avocat pénaliste est déterminante.

J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français.

Une question sur le blanchiment d’argent ? Contactez le cabinet

Cet article a été rédigé par le cabinet Feste-Guidon Avocat, avocats pénalistes à Paris et Marseille. Il a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à prendre contact avec le cabinet pour un échange adapté à votre dossier.

Les exemples cités s’inspirent de situations réelles rencontrées par le cabinet. Tous les éléments permettant l’identification ont été modifiés ou supprimés.

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