Abus de biens sociaux : les recours de la société et des associés

Sommaire

Vous venez de découvrir que l’ancien dirigeant a détourné des fonds de votre société. Comptes vidés, dépenses injustifiées, factures fictives. L’abus de biens sociaux est caractérisé. Mais quels recours avez-vous concrètement ?

En tant qu’avocat pénaliste intervenant à Paris et à Marseille, j’accompagne les sociétés victimes et les associés dans l’exercice de leurs recours. Ce guide détaille chaque voie d’action : action sociale, action ut singuli, mandataire ad hoc et constitution de partie civile.

Si vous avez besoin d’en savoir plus, consultez nos explications complètes sur l’abus de biens sociaux.

Les points essentiels

  • Seule la société est victime juridique de l’ABS, pas les associés à titre personnel.
  • Si le dirigeant fautif est encore en place, un mandataire ad hoc peut être désigné pour agir en justice.
  • L’action ut singuli permet à tout associé d’agir au nom de la société sans condition de seuil.
  • La constitution de partie civile reste possible en CRPC, avec un renvoi pour l’indemnisation si nécessaire.
  • Le délai pour agir est de 6 ans à compter de la découverte des faits.

Qui est juridiquement victime d’un abus de biens sociaux ?

Bureau d'Armand Feste-Guidon, avocat pénaliste. Table en verre et métal, bibliothèque en bois blanc

La victime de l’ABS est la société elle-même, pas les associés individuellement. C’est un point essentiel que beaucoup de dirigeants ignorent.

La société elle-même : personne morale distincte

La société possède une personnalité juridique propre. Son patrimoine est distinct de celui de ses associés. Quand un dirigeant détourne des fonds, c’est le patrimoine social qui est directement atteint.

L’action sociale vise à réparer ce préjudice et à reconstituer le patrimoine de la société. C’est la seule action recevable devant le juge pénal.

Pourquoi les associés ne sont pas victimes à titre personnel

La Cour de cassation a tranché cette question de manière définitive. Le préjudice né de la dépréciation des titres est un dommage subi par la société elle-même, et non un dommage propre à chaque associé [Cass. crim., 13 décembre 2000, n° 99-80.387].

Cette position a été confirmée de manière constante depuis plus de 20 ans [Cass. crim., 29 juin 2016, n° 15-81.904]. Les associés, créanciers, salariés et commissaires aux comptes sont tous irrecevables à titre personnel.

À retenir Seule la société est victime de l’ABS. Les associés ne peuvent pas agir individuellement. Leur préjudice est le « reflet » du préjudice social.

Comment la société peut-elle agir contre son ancien dirigeant ?

Quand l’ancien dirigeant indélicat a été révoqué ou remplacé, le nouveau dirigeant peut agir au nom de la société contre lui. C’est le cas le plus simple.

Comment le nouveau dirigeant peut-il agir au nom de la société victime ?

Le nouveau représentant légal a qualité pour agir au nom de la société. Il peut déposer plainte, se constituer partie civile et demander des dommages-intérêts. En cas de liquidation, le liquidateur exerce cette action [Cass. crim., 6 avril 2016, n° 15-81.422].

Avant d’agir, il faut néanmoins réunir les preuves. Notre article explique comment prouver un abus de biens sociaux.

Votre société est victime d’ABS ? Contactez le cabinet

Comment déposer plainte pour abus de biens sociaux ?

Deux options. La première : la plainte simple auprès du procureur. La deuxième : la plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction (3 mois après le dépôt de la plainte simple)..

L’avantage de la constitution de partie civile : elle déclenche l’action publique en cas de classement sans suite. Le juge d’instruction fixe une consignation dont le montant varie selon la complexité. L’inconvénient : la procédure est longue.

La société victime peut-elle citer directement le dirigeant devant le tribunal correctionnel ?

Oui. La citation directe permet à la société, par son représentant légal ou son liquidateur, de saisir directement le tribunal correctionnel sans passer par une enquête ou une instruction.

Cette procédure présente toutefois des risques sérieux. La société doit rassembler elle-même l’ensemble des preuves de l’infraction avant l’audience. Le ministère public n’est pas tenu de soutenir l’accusation à l’audience.

En cas de relaxe, le tribunal peut condamner la partie civile au paiement d’une amende civile pouvant atteindre 15 000 € s’il estime que la citation directe était abusive ou dilatoire. La société doit d’ailleurs consigner une somme fixée par le tribunal avant l’audience.

Quels sont les délais pour agir en justice au nom de la société ?

La prescription de l’action publique est de 6 ans (art. 8 CPP). L’action civile, si elle est exercée devant une juridiction pénale, se prescrit selon les règles de l’action publique (art. 10 CPP).

Pour les infractions occultes comme l’ABS, le point de départ du délai commence à courir à compter de la présentation des comptes annuels dans lesquels les dépenses litigieuses apparaissent.

Mais en cas de dissimulation volontaire du délit par le dirigeant (fausses factures, etc.), le délai ne court qu’à partir du jour où le parquet ou les associés ont pu découvrir les faits.

Une question sur un ABS ? Contactez le cabinet

Comment agir si le dirigeant accusé d’ABS est encore en fonction ?

C’est la situation la plus délicate. Le dirigeant auteur des détournements est encore en place. Il ne va pas agir contre lui-même. La société est paralysée juridiquement.

Le conflit d’intérêts qui bloque l’action de la société

Le représentant légal ne peut pas agir contre lui-même. Il est à la fois l’auteur présumé de l’infraction et le seul habilité à représenter la société en justice.

Cette situation est fréquente dans les SARL à gérant majoritaire ou les SAS avec un président unique. L’associé minoritaire qui découvre les détournements se retrouve bloqué.

La désignation d’un mandataire ad hoc par le tribunal de commerce

Le mandataire ad hoc est un professionnel désigné par le président du tribunal de commerce pour représenter la société en justice lorsque le dirigeant est en conflit d’intérêts.

La procédure se fait sur requête, c’est-à-dire de manière non contradictoire (art. 874 et 875 CPC). La requête peut être présentée par tout intéressé, notamment un associé, un créancier ou le ministère public.

Le dirigeant visé ne sera pas nécessairement prévenu à l’avance.

Le coût de la procédure comprend les frais de requête et les honoraires du mandataire. Dans ma pratique, le budget total se situe entre 3 000 et 8 000 € selon la complexité du dossier.

Une question sur la désignation d’un mandataire ad hoc ? Contactez le cabinet

Les pouvoirs du mandataire pour agir au nom de la société

La mission du mandataire est définie par l’ordonnance de désignation. Elle inclut généralement le pouvoir de déposer plainte, de se constituer partie civile et de représenter la société à l’audience pénale.

Le mandataire agit dans l’intérêt social, pas dans l’intérêt personnel des associés. Il peut négocier et accepter des dommages-intérêts dans les limites de sa mission. C’est un outil essentiel quand la société est bloquée.

Point de procédure Le mandataire ad hoc ne doit pas être confondu avec l’administrateur provisoire. L’administrateur provisoire remplace le dirigeant dans TOUTE sa gestion. Le mandataire ad hoc reçoit une mission précise et limitée : représenter la société dans un litige déterminé.

Qu’est-ce que l’action ut singuli et quand un associé peut-il l’exercer ?

L’action ut singuli permet à un associé d’agir « au nom de la société » quand le dirigeant refuse d’agir ou néglige de le faire.

Le principe : l’associé agit au nom de la société

Tout actionnaire de SA (art. L. 225-252 C. com.) ou tout associé de SARL (art. L. 223-22 al. 3 C. com.) peut exercer l’action sociale à la place du dirigeant défaillant. Pas de condition de seuil : tout associé peut agir.

Les dommages-intérêts obtenus reviennent à la société, pas à l’associé.

Les avantages et limites de l’action ut singuli

CritèreAction ut singuliMandataire ad hoc
Qui agitL’associé au nom de la sociétéMandataire désigné par le tribunal
ConditionCarence du dirigeantConflit d’intérêts du dirigeant
FraisSupportés par l’associéFrais requête + honoraires mandataire
Dommages-intérêts obtenusVont à la sociétéVont à la société
AvantageSimple, rapide, sans seuilNeutralité et légitimité
LimiteFrais à charge de l’associéCoût procédure supplémentaire

Comment se constituer partie civile et obtenir réparation ?

La constitution de partie civile est l’étape décisive pour que la société obtienne des dommages-intérêts. Plusieurs voies existent selon le stade de la procédure.

La constitution de partie civile devant le juge d’instruction

La constitution de partie civile est l’un des outils procéduraux les plus efficaces dont dispose une victime. Elle permet de déclencher l’action publique, même lorsque le procureur de la République a décidé un classement sans suite.

Le juge d’instruction fixe alors une consignation. Cette somme doit être versée par la partie civile. Une fois la consignation payée, l’information judiciaire peut être ouverte. La partie civile accède au dossier et peut suivre l’instruction.

La constitution de partie civile devant le tribunal correctionnel

Si l’affaire est renvoyée devant le tribunal correctionnel, la société peut se constituer partie civile à tout moment, et jusqu’aux réquisitions du procureur. Le préjudice financier que la victime peut alléguer comprend le montant détourné lors de l’ABS, et le préjudice économique indirect.

Bien entendu, si l’affaire vient sur citation directe de la société, elle est également partie civile et demande la réparation de son préjudice.

Le cas particulier de la CRPC : quels droits pour la victime ?

Quand l’auteur de l’ABS est poursuivi selon la procédure de la CRPC, la société victime peut également se constituer partie civile (art. 495-13 CPP).

La Chambre criminelle précise que, si le juge homologateur de la CRPC (président du tribunal judiciaire ou juge délégué) ne peut statuer immédiatement sur l’indemnisation, il renvoie l’affaire à une audience ultérieure devant lui-même [Cass. crim., avis du 5 septembre 2023, n° 23-96.001]. Ce n’est pas un renvoi devant le tribunal correctionnel.

Concrètement, bien que la CRPC permette une indemnisation rapide, la victime doit anticiper un renvoi potentiel et une procédure civile distincte si nécessaire. L’assistance d’un avocat spécialisé est indispensable pour optimiser les délais et sécuriser les intérêts civils.

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L’évaluation et l’obtention des dommages-intérêts

Le bénéficiaire des fonds détournés par le dirigeant peut être poursuivi solidairement. Notre article sur le recel d’abus de biens sociaux détaille les risques et la défense du bénéficiaire.

Bon à savoir La CRPC est fréquente en matière d’ABS. Mais la victime ne doit pas accepter passivement la peine négociée. Elle conserve le droit de demander une indemnisation complète devant une juridiction séparée.

Questions fréquentes sur les recours de la société victime d’ABS

Qui peut porter plainte pour abus de biens sociaux ?

La société elle-même, par son représentant légal, un mandataire ad hoc ou un associé agissant en action ut singuli. Toute personne peut également signaler les faits au procureur.

Peut-on agir si la société est en liquidation judiciaire ?

Oui. Le liquidateur a qualité pour exercer l’action sociale [Cass. crim., 6 avril 2016, n° 15-81.422]. La condition est que les opérations de liquidation ne soient pas clôturées.

L’associé minoritaire peut-il obtenir des dommages-intérêts pour lui-même ?

Non, sauf préjudice personnel distinct (très rare). Les dommages-intérêts reviennent à la société. L’associé bénéficie indirectement de la reconstitution du patrimoine social.

Combien de temps ai-je pour agir après avoir découvert l’ABS ?

Le délai est de six ans à compter de la découverte des faits. L’ABS étant une infraction occulte, le délai ne court pas à compter de la présentation des comptes annuels de la société.

Qui peut dénoncer un abus de biens sociaux ?

Toute personne peut signaler des faits au procureur. Mais seule la société peut se constituer partie civile. Le commissaire aux comptes a toutefois une obligation légale de révélation des faits au procureur.

Quels sont les recours de la société victime d'abus de biens sociaux ? Bureau d'un avocat pénaliste, table en verre transparente, angle en métal, bureau blanc lumineux

Quels recours choisir pour obtenir réparation après un abus de biens sociaux ?

En conclusion, votre société a été victime d’un abus de biens sociaux. Les recours existent et ils sont efficaces. Mais le temps joue contre vous.

Action sociale du nouveau dirigeant, mandataire ad hoc quand le dirigeant est encore en place, action ut singuli pour les associés, constitution de partie civile : chaque situation a sa voie d’action.

J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Avec plus de 10 ans d’expérience en droit pénal des affaires, j’accompagne les sociétés victimes pour obtenir réparation.

Contactez le cabinet

Cet article a été rédigé par le cabinet Feste-Guidon Avocat, avocats pénalistes à Paris et Marseille. Il a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à prendre contact avec le cabinet pour un échange adapté à votre dossier.

Les exemples cités s’inspirent de situations réelles rencontrées par le cabinet. Tous les éléments permettant l’identification ont été modifiés ou supprimés.

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