Votre proche vient d’être placé en garde à vue. L’inquiétude est légitime. Vous cherchez à le voir, à le rassurer, à comprendre ce qui se passe. La réponse est claire : non, vous ne pouvez pas visiter une personne en garde à vue. Les visites sont strictement interdites pendant toute la durée de la mesure.
Mais vous n’êtes pas pour autant impuissant. En tant qu’avocat pénaliste intervenant à Paris et à Marseille depuis plus de 10 ans, j’accompagne chaque semaine des familles confrontées à cette situation. Cet article vous explique concrètement ce que vous pouvez faire pour aider votre proche.

Peut-on visiter un proche en garde à vue ? La réponse est non
Non, il est impossible de rendre visite à une personne placée en garde à vue. Cette interdiction est absolue et s’applique à tous : parents, conjoints, amis, employeurs. Aucune exception n’existe, quelle que soit la gravité de l’infraction reprochée ou la durée de la mesure.
Pourquoi les visites sont strictement interdites pendant la garde à vue
La garde à vue est une mesure de contrainte encadrée par l’article 62-2 du code de procédure pénale (art. 62-2 CPP). Elle vise six objectifs précis. Parmi eux : empêcher la concertation avec des tiers et éviter toute pression sur les témoins ou victimes.
Dans la pratique, autoriser les visites compromettrait l’enquête. Un proche pourrait involontairement transmettre des informations. Il pourrait aussi subir des pressions pour influencer les déclarations du gardé à vue. C’est pourquoi le législateur a choisi l’interdiction totale.
La personne gardée à vue reste en cellule 24 heures sur 24. Elle n’en sort que pour les auditions ou pour rencontrer son avocat. Aucune permission de sortie temporaire n’existe durant la mesure.
Est-ce la même chose pour la détention provisoire et la prison ?
Non. Il faut distinguer ces trois situations différentes :
- La garde à vue est une mesure courte, limitée à 24 ou 48 heures en droit commun. Vous êtes soupçonné.
- La détention provisoire intervient après une mise en examen. Elle peut durer plusieurs mois ou plusieurs années. Vous avez des indices contre vous.
- L’incarcération arrive après un jugement définitif. Vous êtes condamné.
| Situation | Durée | Visites possibles | Autorisation |
| Garde à vue | 24-48h (96h criminalité organisée) | ❌ NON | Aucune |
| Détention provisoire | Plusieurs mois ou années | ✅ OUI | Permis de visite du juge |
| Prison (condamné) | Selon peine | ✅ OUI | Permis de visite |
Quand pourrez-vous revoir votre proche ?
Vous pourrez revoir votre proche dès sa libération. En droit commun, la garde à vue dure 24 heures maximum (art. 63 CPP). Elle peut être prolongée de 24 heures supplémentaires sur autorisation du procureur. À l’issue, deux possibilités : la libération ou le déferrement devant un magistrat.
A RETENIR : La garde à vue dure 24h, renouvelable 24h. En criminalité organisée, elle peut atteindre 96h voire 120h pour les « mules » (art. 706-88 et 706-88-2 du code de procédure pénale).
Pour en savoir plus, consulter notre guide complet des droits du gardé à vue.
Comment avoir des nouvelles d’une personne en garde à vue ?
Vous ne pouvez pas contacter directement votre proche. Mais lui peut vous faire prévenir par un OPJ de son placement en garde à vue. C’est un droit fondamental prévu par la loi. Il peut également demander un examen médical et l’assistance d’un avocat.
Votre proche a le droit de vous faire prévenir
L’article 63-2 du code de procédure pénale garantit ce droit. Dès le début de la garde à vue, la personne peut faire prévenir par téléphone une personne de son choix. Ce peut être un membre de sa famille, son employeur ou toute autre personne.
En pratique, l’officier de police judiciaire passe l’appel lui-même. La conversation est brève et surveillée. Elle se limite à informer de la mesure et aucun détail sur l’enquête ne peut jamais être communiqué.
ATTENTION : Ce droit peut être différé de 12 à 24 heures si les nécessités de l’enquête l’exigent. C’est le procureur qui autorise ce report.
Puis-je appeler le commissariat pour avoir des informations ?
Oui, vous pouvez appeler le commissariat ou la gendarmerie. Les enquêteurs n’ont aucune obligation de vous donner des informations. Ils peuvent confirmer qu’une personne est en garde à vue et indiquer éventuellement la durée prévisible. En revanche, ils ne communiqueront rien sur les faits reprochés ni sur le déroulement des auditions.
En pratique, les familles obtiennent rarement des informations par elles-mêmes. Rassurez-vous en contactant un avocat. Il ne pourra pas vous parler du dossier, mais il pourra plus facilement vérifier la situation de votre proche.
Peut-on appeler ou contacter une personne en garde à vue ?
Non, les communications téléphoniques sont interdites. Vous ne pouvez ni appeler votre proche, ni lui envoyer de message. Cette restriction s’applique pendant toute la durée de la garde à vue.
Non, les communications sont interdites pendant la garde à vue
Le téléphone portable de votre proche est confisqué dès le placement en garde à vue. Il fait partie des objets saisis et inventoriés. Aucun appel, SMS, ni message n’est possible. Cette mesure vise à préserver l’intégrité de l’enquête.
Peut-on lui ramener à manger ou des vêtements ?
Non. Vous ne pouvez rien apporter à une personne en garde à vue. Ni nourriture, ni vêtements, ni effets personnels. La personne reçoit des repas fournis par le service. Elle conserve les vêtements qu’elle portait lors de l’interpellation, sauf s’ils sont saisis comme éléments de preuve.
BON A SAVOIR : Votre proche peut demander un examen médical à tout moment (art. 63-3 CPP). Pour les mineurs de moins de 16 ans, cet examen est obligatoire (art. L. 413-8 CJPM).
L’exception : le contact via l’avocat
L’avocat est souvent le seul lien possible avec votre proche. Il peut le rencontrer dès le début de la garde à vue pour un entretien confidentiel de 30 minutes (art. 63-4 CPP). Il assiste ensuite aux auditions et confrontations et il est informé du déroulé de la mesure. Néanmoins, il ne pourra vous communiquer aucune information.
Votre proche est en garde à vue ? Choisissez le bon avocat en fonction de son rôle et de son coût.
Comment savoir si quelqu’un est en garde à vue ?
Vous suspectez qu’un proche est en garde à vue mais vous n’avez aucune confirmation. Cette incertitude est angoissante. Voici les démarches concrètes à entreprendre.
Qui appeler pour savoir si votre proche est en garde à vue ?
Commencez par appeler le commissariat ou la brigade de gendarmerie du lieu présumé de l’interpellation. Si vous ne le connaissez pas, contactez le commissariat central de la ville concernée. Vous pouvez aussi appeler le parquet du tribunal judiciaire compétent.
Dans ma pratique à Paris et Marseille, je conseille aux familles de préparer les informations suivantes avant d’appeler : nom complet de la personne recherchée, date de naissance et circonstances supposées de l’interpellation.
Comment savoir si mon mari, mon fils ou mon conjoint est en garde à vue ?
La procédure est la même quel que soit le lien familial. Appelez le commissariat. Expliquez calmement votre situation. Donnez l’identité complète de la personne. Les services de police peuvent confirmer ou infirmer la présence d’une personne dans leurs locaux. Si votre proche est mineur, les enquêteurs ont l’obligation de vous prévenir (art. L. 413-7 CJPM).
La police est-elle obligée de vous répondre ?
La police n’a pas d’obligation légale de vous informer si vous n’êtes pas la personne désignée par le gardé à vue. Toutefois, en fonction de l’affaire, les services peuvent confirmer la présence d’une personne. Ils refuseront en revanche de donner des détails sur l’enquête. C’est le secret de l’enquête qui s’applique.
Que pouvez-vous faire concrètement pour aider votre proche ?
Vous ne pouvez pas visiter votre proche, ni l’appeler. Mais vous n’êtes pas impuissant. Voici les actions concrètes qui feront vraiment la différence.
La meilleure action : contacter un avocat immédiatement
Contacter un avocat est la première chose à faire. En effet, c’est la seule personne qui peut intervenir auprès de votre proche. Depuis la loi du 22 avril 2024, l’assistance de l’avocat est renforcée. L’avocat choisi doit se présenter dans les 2 heures (art. 63-3-1 CPP). S’il n’y parvient pas, un avocat commis d’office sera désigné.
Autrement dit, l’audition ne pourra pas avoir lieu sans avocat. L’avocat peut rencontrer votre proche pour un entretien confidentiel, consulter certaines pièces du dossier, assister à toutes les auditions, poser des questions à l’issue de chaque audition, et formuler des observations écrites. Son intervention change souvent le cours de la garde à vue.
En pratique : L’avocat consulte les PV d’audition, le certificat médical et le procès-verbal de notification des droits (art. 63-4-1 CPP). Ces documents lui permettent de préparer une défense efficace.
Préparer les documents utiles pour sa sortie
Anticipez, autant que possible, la sortie de votre proche. Prenez le temps de rassembler les documents susceptibles d’être utiles : justificatifs de domicile, bulletins de salaire, attestations d’emploi, certificats médicaux pertinents. Ces éléments pourront être précieux si le procureur envisage des poursuites et permettront de réagir sans délai.
Qui peut venir chercher la personne à sa libération ?
N’importe qui peut venir chercher une personne libérée de garde à vue. Aucune formalité n’est requise. La personne libérée peut aussi partir seule. En pratique, présentez-vous simplement à l’accueil du commissariat ou de la gendarmerie à l’heure prévue de libération.
ATTENTION : La libération peut intervenir à toute heure, y compris la nuit. Le procureur peut ordonner la remise en liberté à tout moment (art. 62-3 CPP). Prévoyez d’être joignable.
Organiser la logistique (travail, enfants, obligations)
Pendant la garde à vue, prenez en charge les obligations du quotidien de votre proche. Prévenez son employeur d’une absence imprévue, sans entrer dans les détails. Organisez, si besoin, la garde des enfants. Pensez également au courrier, aux animaux, aux tâches courantes. Ces gestes simples et concrets permettront d’alléger la charge qui pèsera sur votre proche à sa sortie.
Questions fréquentes des proches de personnes en garde à vue
Combien de temps peut durer une garde à vue ?
En droit commun, la garde à vue dure 24 heures maximum. Elle peut être prolongée de 24 heures sur autorisation du procureur. En criminalité organisée, elle peut atteindre 96 heures (art. 706-88 CPP) sur autorisation d’un juge. Pour les personnes suspectées d’avoir ingéré des stupéfiants en vue de leur transport, la durée maximale est de 120 heures (art. 706-88-2 CPP).
Comment puis-je faire sortir quelqu’un de garde à vue ?
Vous ne pouvez pas faire sortir quelqu’un de garde à vue. Seul le procureur ou le juge d’instruction peut ordonner la libération (art. 62-3 CPP). L’avocat peut plaider pour la fin anticipée de la mesure si les conditions ne sont plus réunies. Votre rôle est de mandater rapidement un avocat compétent.
Est-ce que la garde à vue peut être prolongée sans me prévenir ?
Oui. La prolongation n’implique aucune obligation d’information des proches. Seul le gardé à vue est notifié de cette prolongation. Depuis la loi du 23 mars 2019, la présentation au procureur lors du renouvellement n’est plus obligatoire (art. 63 II al. 3 CPP). Votre proche peut toutefois exercer à nouveau son droit de vous faire prévenir.
Mon proche est mineur, ai-je des droits particuliers ?
Oui. Les représentants légaux d’un mineur doivent être informés immédiatement du placement en garde à vue (art. L. 413-7 CJPM). Cette information peut être différée de 12 ou 24 heures maximum lorsqu’il existe un risque important d’atteinte à la vie d’une personne. En outre, l’examen médical et l’assistance d’un avocat sont obligatoires pour les mineurs de moins de 16 ans. Le mineur ne peut pas être auditionné sans avocat (loi du 22 avril 2024).
Puis-je porter plainte si la garde à vue est abusive ?
Oui. Lorsque les conditions légales de la garde à vue n’ont pas été respectées, des recours sont possibles. Des irrégularités peuvent être dénoncées et des nullités de procédure soulevées. La dignité de la personne gardée à vue doit, en toute hypothèse, être respectée, conformément à l’article 63-5 du code de procédure pénale. En cas de traitement inhumain ou dégradant, une action devant la Cour européenne des droits de l’homme peut également être envisagée [CEDH, 2 octobre 2014, Fakailo c/ France, req. n° 2871/11].
L’avocat peut-il me tenir informé de la situation ?
L’avocat est tenu au secret professionnel. Il ne peut pas révéler le contenu des auditions ni les éléments du dossier. En revanche, il peut vous rassurer et vous préparer aux différentes issues possibles : libération, convocation ultérieure, ou un déferrement de votre proche devant un magistrat à l’issue de sa garde à vue.

Conclusion
Les visites en garde à vue sont strictement interdites. C’est une règle absolue sans exception. Mais vous disposez de leviers pour aider votre proche. Le plus efficace : mandater immédiatement un avocat pénaliste.
J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Avec plus de 10 ans d’expérience en droit pénal, j’assiste chaque semaine des personnes placées en garde à vue et j’accompagne leurs familles dans ces moments difficiles.