Qu’est-ce que l’escroquerie en droit pénal ?

Sommaire

Vous venez d’apprendre que vous êtes visé par une plainte ou une enquête pour escroquerie. La situation est grave. L’escroquerie est un délit puni de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende (art. 313-1 du code pénal).

En 2024, 11 461 condamnations ont été prononcées en France pour escroquerie et abus de confiance [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés 2025, p. 18]. Derrière ce chiffre se cachent des situations très différentes et des stratégies de défense en droit pénal des affaires qui changent l’issue du dossier..

Mais être accusé ne signifie pas être coupable. Les stratégies de défense existent et produisent des résultats concrets. Encore faut-il comprendre les mécanismes de l’infraction, les peines encourues et les leviers à actionner rapidement. Un désaccord commercial, un investissement qui tourne mal ou une erreur de gestion ne constituent pas nécessairement une escroquerie.

Dans cet article, je vous explique ce que recouvre exactement l’escroquerie, les sanctions prévues par la loi et les moyens concrets de vous défendre.

LES POINTS ESSENTIELS

  • L’escroquerie suppose des manœuvres frauduleuses, pas un simple mensonge.
  • Les peines vont de 5 ans d’emprisonnement (escroquerie simple) à 10 ans en bande organisée.
  • La tentative d’escroquerie est punissable des mêmes peines que l’infraction consommée.
  • Contester l’élément intentionnel ou l’existence de manœuvres peut constituer un axe majeur de défense.
  • L’intervention rapide d’un avocat pénaliste peut changer l’orientation du dossier.

Comment l’escroquerie est-elle définie par le code pénal ?

Bureau d'Armand Feste-Guidon, avocat pénaliste. Table en verre et métal, photo prise au ras de la table, fauteuil jaune en velours, dossiers multicolores sur une bibliothèque

Vous avez été mis en cause pour escroquerie, mais vous ne comprenez pas exactement ce que l’on vous reproche. Le terme recouvre des réalités très diverses : de la fausse déclaration d’assurance au montage financier complexe.

L’escroquerie est définie par l’article 313-1 du code pénal. C’est un délit qui suppose la réunion de plusieurs éléments précis. Sans l’un d’entre eux, l’infraction n’est pas constituée.

Quels sont les autre éléments constitutifs de l’escroquerie ?

L’escroquerie consiste à tromper une personne pour la déterminer à remettre des fonds, des valeurs, un bien ou à fournir un service. Quatre éléments doivent être réunis simultanément.

Le premier est l’utilisation d’un moyen frauduleux. La loi en prévoit quatre : l’usage d’un faux nom, l’usage d’une fausse qualité, l’abus d’une qualité vraie ou des manœuvres frauduleuses (art. 313-1 du code pénal).

Le deuxième élément est la tromperie effective. Le moyen frauduleux doit avoir effectivement induit la victime en erreur.

Le troisième est la remise. La victime doit avoir remis des fonds, des valeurs, un bien quelconque, fourni un service, ou consenti un acte opérant obligation ou décharge.

Le quatrième élément est l’intention frauduleuse. L’auteur doit avoir agi consciemment et volontairement (art. 121-3 du code pénal). Il faut démontrer qu’il a cherché à tromper la victime. La négligence ne suffit pas. L’intention s’apprécie au jour de l’utilisation des moyens frauduleux, pas au moment de la remise.

En revanche, le mobile est indifférent : même un mobile qui semble légitime (récupérer une créance, sauver une entreprise) ne fait pas disparaître l’infraction si l’intention de tromper est établie.

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Sur quoi peut porter la remise ?

Depuis un revirement important de la Cour de cassation, la remise peut même porter sur un immeuble [Cass. crim., 28 septembre 2016, n° 15-84.485]. Sans remise, l’infraction n’est tout au plus qu’une tentative.

La notion de remise est très large. Elle couvre aussi bien un virement bancaire qu’un chèque, la fourniture d’un service ou la signature d’un acte créant une obligation.

Un élément essentiel est le lien de causalité : la remise doit résulter directement des moyens frauduleux utilisés. Si la victime avait décidé de remettre les fonds indépendamment de toute tromperie, l’escroquerie n’est pas caractérisée.

La qualification pénale retenue a un impact direct sur votre défense. Découvrez les différences entre escroquerie, abus de confiance et vol.

Quels sont les moyens frauduleux reconnus par la loi ?

L’article 313-1 du code pénal prévoit quatre moyens frauduleux : l’usage d’un faux nom, l’usage d’une fausse qualité, l’abus d’une qualité vraie, les manœuvres frauduleuses.

Chacun a ses propres caractéristiques.

En quoi consistent le faux nom et la fausse qualité ?

L’usage d’un faux nom consiste à se présenter sous une identité qui n’est pas la sienne. Par exemple, utiliser le nom d’un tiers pour obtenir un crédit.

L’usage d’une fausse qualité consiste à se prévaloir d’un titre, d’une fonction ou d’un statut mensonger. Se faire passer pour un médecin, un avocat ou un agent immobilier alors qu’on ne l’est pas en est une illustration courante.

Comment se caractérise l’abus de qualité vraie ?

L’abus de qualité vraie est plus subtil. La personne possède bien la qualité dont elle se prévaut, mais elle en abuse pour tromper. La Chambre criminelle a jugé qu’un notaire qui trompe une personne sur la valeur d’un tableau commet une manœuvre frauduleuse par abus de qualité vraie [Cass. crim, 12 septembre 2018, n° 17-82.122].

Que recouvrent les manœuvres frauduleuses ?

Les manœuvres frauduleuses constituent le moyen le plus large. Il s’agit d’actes matériels destinés à donner force et crédit au mensonge. Elles se manifestent de trois façons principales : l’intervention d’un tiers, la production de documents mensongers ou une mise en scène.

L’intervention d’un tiers suppose qu’une personne apparemment désintéressée vient crédibiliser le mensonge de l’escroc. La bonne foi du tiers est indifférente : même un complice involontaire peut servir de manœuvre. L’émission croisée de chèques sans provision entre complices constitue également une manœuvre frauduleuse [Cass. crim., 17 janvier 2018, n° 16-83.799].

La production de documents mensongers est le procédé le plus courant. Fausses factures, faux bilans, contrats fictifs ou quittances de complaisance : tout écrit destiné à corroborer un mensonge peut constituer une manœuvre.

La mise en scène regroupe tous les actes extérieurs destinés à atténuer la méfiance de la victime. Simuler un cambriolage pour faire jouer une assurance ou créer un faux site internet pour collecter des fonds en sont des exemples.

La fausse déclaration de sinistre illustre parfaitement le mécanisme de l’escroquerie. Un avocat spécialisé est à même de définir une stratégie efficace et adaptée en matière d’escroquerie à l’assurance.

La production de faux documents devant une juridiction constitue une forme particulière d’escroquerie : l’escroquerie au jugement, dont les contours sont précisés par la jurisprudence. La Cour de cassation a récemment rappelé que l’objet de cette forme d’escroquerie est la décision juridictionnelle elle-même [Cass. crim., 24 avril 2024, n° 22-82.646].

A RETENIR : Les manœuvres frauduleuses sont le moyen le plus souvent poursuivi. Un simple mensonge oral, même répété, ne suffit pas. Il faut des actes matériels extérieurs qui lui donnent force et crédit.

Le simple mensonge suffit-il à caractériser l’escroquerie ?

Non. C’est l’une des questions les plus fréquentes et la réponse est claire : le simple mensonge ne constitue pas à lui seul une escroquerie.

Pour qu’il y ait escroquerie, le mensonge doit être accompagné d’un élément extérieur qui lui donne force et crédit. Produire un faux document, faire intervenir un complice ou créer une mise en scène transforme le mensonge en manœuvre frauduleuse.

Concrètement, un vendeur automobile qui ment sur la date de sortie d’un modèle de voiture ne commet pas d’escroquerie mais une simple tromperie [Cass. crim., 12 sept. 2018, n° 17-83.155]. Mais s’il réalise une mise en scène, produit un faux certificat de conformité, ou fait intervenir un faux expert pour rassurer l’acheteur, la qualification change. Le passage du simple mensonge à la manœuvre se situe dans cet acte matériel supplémentaire.

Dans ma pratique, cette distinction est un axe de défense fréquent. Beaucoup de dossiers reposent sur des allégations mensongères qui ne sont pas accompagnées d’actes matériels suffisants. L’absence de manœuvres est alors un argument de poids pour obtenir la relaxe.

L’escroquerie constitue un délit technique. Un avocat pénaliste peut évaluer si les éléments du dossier caractérisent réellement l’infraction.

Les infractions proches de l’escroquerie mais distinctes

L’abus de confiance repose sur un mécanisme différent de l’escroquerie. La remise est volontaire et préexistante. C’est le détournement qui survient ensuite.

Le faux en écriture peut accompagner les manœuvres frauduleuses. La production d’un document falsifié pour crédibiliser un mensonge constitue un acte matériel extérieur au mensonge lui-même.

Quelles peines risque-t-on pour escroquerie ?

Vous avez été convoqué ou mis en examen pour escroquerie. La question des peines encourues est naturellement la première qui se pose. La réponse dépend des circonstances de l’affaire.

Quelles sont les peines pour escroquerie simple ?

L’escroquerie simple est punie de 5 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende (art. 313-1 du code pénal).

En pratique, les tribunaux ne prononcent pas systématiquement le maximum. Pour l’ensemble des délits, le quantum moyen de la peine ferme est de 11 mois [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés 2025, p. 20]. Cette moyenne recouvre des réalités très différentes selon la complexité du dossier et le montant du préjudice.

La tentative d’escroquerie est punissable des mêmes peines que l’infraction consommée (art. 313-3 du code pénal). J’analyse les conditions de la tentative d’escroquerie et ses particularités ici.

Quant au préjudice, la question de son rôle exact a longtemps divisé la jurisprudence. Un arrêt fondateur a posé que l’absence de préjudice pouvait faire obstacle à la qualification [Cass. crim., 3 avril 1991, n° 90-81.157]. Mais la Cour de cassation a parfois adopté une lecture plus large [Cass. crim., 28 janvier 2015, n° 13-86.772]. En pratique, cet argument reste un terrain de défense exploitable.

ATTENTION : Le rôle du préjudice dans l’escroquerie fait débat. Certains arrêts l’érigent en élément constitutif, d’autres le relativisent. Votre avocat saura exploiter cette incertitude au profit de votre défense.

Quelles peines complémentaires le tribunal peut-il prononcer ?

Au-delà de l’emprisonnement et de l’amende, le tribunal peut prononcer des peines complémentaires. Pour un dirigeant ou un professionnel, ces sanctions peuvent avoir de lourdes conséquences.

L’interdiction d’exercer l’activité professionnelle peut être prononcée. Elle peut être temporaire ou définitive. Pour un chef d’entreprise, cette peine peut signifier la fin de son activité.

L’interdiction des droits civiques, civils et de famille empêche notamment de voter, d’être élu ou d’exercer une fonction de tutelle.

La confiscation des biens ayant servi à commettre l’infraction ou qui en sont le produit est fréquemment ordonnée. Comptes bancaires, véhicules, biens immobiliers : le tribunal dispose d’un pouvoir large.

La publication du jugement dans la presse peut également être prononcée aux frais du condamné. Pour un professionnel dont la réputation est un actif, cette publicité négative peut être dévastatrice.

Que se passe-t-il concrètement après une condamnation ?

L’inscription au casier judiciaire est automatique. Elle apparaît sur le bulletin n° 2 accessible aux administrations et à certains employeurs. Pour un dirigeant, elle peut entraîner des interdictions professionnelles en cascade : impossibilité de gérer une société, perte de certains agréments, difficultés d’accès aux marchés publics.

Plusieurs aménagements de peine existent. Le sursis simple, le sursis probatoire, le bracelet électronique ou la semi-liberté peuvent être sollicités selon les circonstances. Il peut être opportun de les évoquer avec un avocat afin d’anticiper une défense adaptée.

Avec plus de 10 ans de pratique, je constate que la première condamnation bénéficie souvent d’un sursis ou d’un aménagement si la personne présente des garanties de réinsertion.

Dans le cadre d’une reconnaissance de culpabilité, la mise en œuvre d’un remboursement du préjudice avant l’audience est un élément que le tribunal peut prendre en compte.

SituationEmprisonnementAmendeTexte
Escroquerie simple5 ans375 000 €Art. 313-1 CP
Circonstances aggravantes (1er palier)7 ans750 000 €Art. 313-2 CP
Bande organisée (2nd palier)10 ans1 000 000 €Art. 313-2 CP
TentativeMêmes peinesMêmes peinesArt. 313-3 CP

Dans quels cas les peines d’escroquerie sont-elles aggravées ?

Certaines circonstances font passer la peine de 5 à 7 ans, voire 10 ans d’emprisonnement. Le code pénal prévoit une liste précise de circonstances aggravantes. Les connaître est indispensable pour évaluer les risques.

Quelles sont les circonstances aggravantes des l’escroquerie ?

L’article 313-2 du code pénal prévoit deux paliers d’aggravation.

Le premier palier porte les peines à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende. Plusieurs cas sont visés : escroquerie commise par une personne dépositaire de l’autorité publique ou escroquerie au préjudice d’une personne vulnérable.

L’aggravation s’applique également en cas d’escroquerie réalisée au moyen d’un appel public à la générosité. La prise indue de qualité d’une personne dépositaire de l’autorité publique est aussi un cas d’aggravation prévu par le texte.

Le second palier porte les peines à 10 ans d’emprisonnement et 1 000 000 d’euros d’amende. Il vise l’escroquerie commise en bande organisée.

Pourquoi l’escroquerie en bande organisée est-elle si lourdement punie ?

La bande organisée est définie par l’article 132-71 du code pénal comme un groupement formé en vue de la préparation d’infractions. Elle se distingue de la simple complicité par l’existence d’une structure et d’une préméditation collective.

Le doublement des peines (de 5 à 10 ans) s’explique par la dangerosité accrue du mode opératoire collectif. Les moyens d’enquête sont également renforcés : écoutes téléphoniques, infiltration, prolongation possible de la garde à vue à 96 heures.

Pour la personne mise en cause, la qualification en bande organisée change radicalement la donne. La détention provisoire est plus fréquente. Les conditions de mise en liberté sont plus strictes. Et l’instruction dure généralement plus longtemps en raison de la complexité du dossier.

L’escroquerie en bande organisée constitue l’aggravation la plus sévère. J’ai rédigé un article complet sur les peines et la défense dans ce cadre.

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Quelles formes d’escroquerie aggravée rencontre-t-on en pratique ?

Dans ma pratique, je remarque que les formes fréquentes d’escroquerie sont les escroqueries au préjudice de personnes vulnérables. Personnes âgées, personnes sous tutelle ou en situation de faiblesse psychologique sont des cibles récurrentes.

L’escroquerie à la sécurité sociale est devenue l’un des contentieux pénaux particulièrement actifs. En 2024, l’Assurance Maladie a détecté et stoppé 628 millions d’euros de fraudes et a engagé plus de 8 400 procédures pénales. Les professionnels de santé représentent un quart des dossiers, mais les deux tiers des montants [Source : CNAM, bilan annuel de lutte contre la fraude, mars 2025].

La défense des professionnels de santé mis en cause exige une analyse précoce du dossier : qualification (escroquerie simple ou aggravée), périmètre du préjudice retenu, articulation avec les procédures conventionnelles et ordinales. C’est pourquoi je travaille systématiquement en équipe avec les membres du réseau Madeleine Legal sur ce type de dossiers.

Les carrousels TVA et fraudes aux quotas carbone illustrent des formes complexes d’escroquerie en matière fiscale et environnementale. Ces montages impliquent généralement un réseau structuré et relèvent presque toujours de la qualification en bande organisée.

Le régime des peines aggravées soulève de nombreuses questions en défense. L’enjeu peut-être de contester la qualification retenue et de faire requalifier les faits en escroquerie simple ou en une autre infraction. Un avocat pénaliste peut évaluer la solidité de la circonstance aggravante invoquée.

BON À SAVOIR : L’aggravation ne dépend pas du montant du préjudice. C’est le mode opératoire ou la qualité de la victime qui détermine le palier de peine applicable.

Que faire si vous êtes accusé ou convoqué pour escroquerie ?

Vous venez de recevoir une convocation ou vous avez appris qu’une enquête est ouverte à votre encontre. Le taux de réponse pénale atteint 86,5 % en France [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés 2025, p. 4]. Autrement dit, la majorité des affaires portées devant le parquet aboutissent à une suite judiciaire. Réagir vite est essentiel.

Un dirigeant découvre un matin qu’il est convoqué pour « escroquerie » à la suite d’un désaccord commercial avec un ancien partenaire. Un investisseur se retrouve visé par une plainte après qu’un projet n’a pas abouti. Ces situations sont fréquentes. Elles ne signifient pas que vous serez condamné.

Quelles sont les étapes immédiates à suivre ?

Étape 1 : Ne cédez pas à la panique

La convocation n’est pas une condamnation. Vous bénéficiez de la présomption d’innocence. Mais prenez cette convocation au sérieux : ne la rangez pas dans un tiroir en espérant que l’affaire s’éteigne.

Étape 2 : Contactez immédiatement un avocat pénaliste

Ne vous rendez jamais à une audition sans avoir consulté un avocat. C’est votre avocat qui prendra attache avec les enquêteurs ou le tribunal. Ne contactez pas directement le commissariat ou le parquet.

Étape 3 : Rassemblez les documents utiles

Contrats, courriels, relevés bancaires, factures. Tout élément démontrant votre bonne foi doit être conservé et transmis à votre avocat. Ne modifiez aucun document, même involontairement : cela pourrait constituer une infraction supplémentaire.

Étape 4 : Ne faites aucune déclaration sans votre avocat

Le droit au silence est un droit fondamental. Toute déclaration hâtive peut se retourner contre vous. Ne répondez à aucune question par téléphone ou par courrier avant d’avoir défini une stratégie avec votre conseil.

Si vous venez de recevoir une convocation, consultez immédiatement mon guide pratique sur la convocation pour escroquerie.

Vous souhaitez préparer votre défense en matière d’escroquerie ? Contactez le cabinet

CE QU’IL FAUT FAIRE : Dès réception de la convocation, contactez un avocat pénaliste. Ne communiquez avec personne d’autre sur l’affaire. Conservez tous vos documents en l’état. C’est la discipline des premiers jours qui conditionne souvent la suite du dossier.

Quels sont vos droits fondamentaux face à l’accusation ?

Le droit au silence vous protège contre l’auto-incrimination. Vous n’êtes jamais obligé de répondre aux questions des enquêteurs. L’exercice du silence ne peut pas être retenu contre vous.

Le droit à l’assistance d’un avocat est garanti à tous les stades de la procédure. En audition libre comme en garde à vue, votre avocat peut être à vos côtés. Il vous conseille, prend des notes et formule des observations.

La présomption d’innocence signifie que c’est au parquet de prouver votre culpabilité. Vous n’avez pas à démontrer votre innocence. Ce principe irrigue toute la procédure, de l’enquête jusqu’au jugement.

L’accès au dossier est possible en cas de mise en examen ou de renvoi devant une juridiction. Votre avocat consulte les pièces et prépare votre défense sur la base des éléments réunis. Avant la mise en examen, en enquête préliminaire, l’accès est plus restreint.

Audition libre ou garde à vue : quelle différence pour vous ?

En cas d’interpellation, vous pouvez être placé en garde à vue. Consultez mon guide complet sur la garde à vue pour connaître vos droits.

L’audition libre est une procédure moins contraignante, mais où vos déclarations ont la même valeur.

La différence principale est la liberté de mouvement. En audition libre, vous pouvez quitter les locaux à tout moment. En garde à vue, vous êtes retenu pour une durée pouvant aller jusqu’à 48 heures en droit commun.

Dans les deux cas, l’assistance d’un avocat est possible. Les déclarations faites en audition libre ont la même valeur probante que celles recueillies en garde à vue. C’est pourquoi la préparation avec votre avocat est indispensable quel que soit le cadre.

BON À SAVOIR : En matière d’escroquerie, l’audition libre est un cadre fréquent lors du premier contact avec les enquêteurs. La garde à vue est réservée aux dossiers plus graves ou lorsqu’il existe un risque de fuite du mis en cause ou de concertation avec ses éventuels co-auteurs.

Comment un avocat pénaliste défend-il une accusation d’escroquerie ?

L’accusation d’escroquerie repose sur des éléments précis. Chacun peut être contesté. La défense consiste à identifier les failles du dossier et à les exploiter méthodiquement. La durée médiane d’une instruction judiciaire est de 29 mois [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés 2025, p. 16]. C’est le temps dont dispose la défense pour construire sa stratégie.

Quelles sont les principales stratégies de défense ?

La première ligne de défense consiste à contester les éléments constitutifs de l’infraction. Si l’un des quatre éléments fait défaut, l’escroquerie n’est pas caractérisée.

  • Le défaut d’élément matériel

L’absence de manœuvres frauduleuses est un axe fréquent, car un mensonge simple ne suffit pas à caractériser l’escroquerie. La Chambre criminelle a pu juger, par exemple, qu’un courrier d’avocat comportant des faits mensongers et adressé à un juge d’instruction ne constituait pas une manœuvre frauduleuse [Cass. crim., 8 mars 2023, n° 21-86.859]. Concrètement, l’absence d’acte extérieur donnant force au mensonge peut entraîner la relaxe.

  • Le défaut d’élément intentionnel

L’absence d’intention frauduleuse est un autre axe majeur. Un désaccord commercial, un investissement qui tourne mal ou une erreur de gestion ne caractérisent pas l’escroquerie. L’intention de tromper doit être établie au moment des faits [Cass. crim. 4 novembre 2010, n°10-80.078]. 

Plus récemment, la Cour de cassation a exclu la qualification d’escroquerie dans le cadre d’une acquisition d’actifs où l’acquéreur avait conduit ses propres vérifications [Cass. crim., 25 juin 2025, n° 24-80.903]. En clair, lorsque la victime alléguée disposait des moyens de contrôler l’information, la tromperie est plus difficile à caractériser.

  • L’acquisition de la prescription

La vérification des délais de prescription constitue souvent le premier réflexe de défense. Le délai est de 6 ans à compter de la remise. Mais le point de départ peut être reporté en cas de dissimulation volontaire de l’infraction par son auteur, avec un plafond butoir de 12 ans (art. 9-1 du code de procédure pénale). Calculer précisément ce délai est un travail technique. Consultez mon analyse détaillée des délais de prescription en matière d’escroquerie.

La prescription pénale est un domaine qui dépasse le cadre de l’escroquerie. Ses mécanismes s’appliquent à l’ensemble des infractions.

  • Les nullités de procédure

Les nullités de procédure peuvent également fragiliser le dossier. Un vice de procédure pendant l’enquête ou l’instruction peut entraîner l’annulation de preuves. Auditions réalisées sans notification des droits, perquisitions irrégulières ou dépassement de compétence : chaque irrégularité doit être identifiée et soulevée dans les délais.

N’hésitez pas à vous rapprocher d’un cabinet d’avocats pénalistes si vous souhaitez avoir un avis éclairé sur la bonne stratégie de défense.

EN PRATIQUE : La défense la plus efficace combine plusieurs axes : contester les manœuvres, démontrer la bonne foi et vérifier les délais de prescription. Un seul argument suffit rarement. C’est la combinaison qui fait la force du dossier.

Peut-on être condamné pour escroquerie envers un membre de sa famille ?

En principe non. La loi prévoit une immunité familiale qui empêche les poursuites pénales pour escroquerie entre certains proches. L’article 313-3 du code pénal renvoie à l’article 311-12 du même code, qui dresse la liste des liens concernés : ascendant, descendant, conjoint (sauf séparation de corps ou autorisation de résidence séparée).

La paix des familles est jugée plus importante que la sanction pénale du fait incriminé. On considère que les conflits patrimoniaux entre proches doivent se régler devant le juge civil, pas devant le tribunal correctionnel.

L’immunité ne s’applique cependant pas à toutes les situations. La loi du 4 avril 2006  a introduit une exception : l’immunité tombe lorsque l’infraction porte sur des objets ou documents indispensables à la vie quotidienne de la victime (pièces d’identité, moyens de paiement).

La Cour de cassation a appliqué cette exception en matière d’escroquerie. La Chambre criminelle a précisé que l’immunité familiale est inapplicable lorsque l’escroquerie porte sur une carte bancaire [Cass. crim., 14 juin 2023, n° 22-84.591].

Une précision importante : l’immunité empêche seulement la voie pénale. La voie civile reste ouverte. La victime peut toujours assigner devant le tribunal judiciaire pour obtenir le remboursement des sommes détournées et des dommages-intérêts.

Attention : L’immunité ne joue pas entre frères et sœurs, ni entre concubins ou partenaires de PACS. Elle est réservée à la ligne directe (ascendants/descendants) et au conjoint. Dans ces autres configurations familiales, l’escroquerie reste pleinement poursuivie au pénal.

Quel est le rôle de l’avocat à chaque étape de la procédure ?

L’avocat intervient dès le stade de l’enquête préliminaire. Il prend attache avec les enquêteurs, prépare votre audition et vérifie le respect de vos droits. Son rôle est d’éviter que vous ne fassiez des déclarations préjudiciables à votre défense.

Si une information judiciaire est ouverte, il accède au dossier complet. Il conteste les éléments fragiles, dépose des demandes d’acte et plaide devant la chambre de l’instruction si nécessaire. La durée médiane de l’instruction est de 29 mois [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés 2025, p. 16]. C’est une phase décisive où un non-lieu peut être prononcé.

Au stade du jugement devant le tribunal correctionnel, votre avocat plaide la relaxe ou réduit votre exposition pénale au maximum. Si la relaxe n’est pas obtenue, la question de la réduction de la peine et de la limitation de l’indemnisation devient l’enjeu principal.

En cas de condamnation, votre avocat peut interjeter appel dans un délai de 10 jours. L’appel suspend l’exécution de la peine sauf en matière de détention provisoire si un mandat de dépôt est décerné.

Pourquoi choisir un avocat en droit pénal des affaires ?

L’escroquerie est un délit technique. Les éléments constitutifs sont précis. Les stratégies de défense reposent sur des distinctions juridiques fines que seule une pratique régulière du droit pénal permet de maîtriser.

Un avocat habitué au droit pénal des affaires connaît la jurisprudence, anticipe les arguments de l’accusation et prépare une défense adaptée à votre situation. Il sait également négocier avec le parquet les alternatives aux poursuites lorsque le contexte le permet.

J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Fort de plus de 10 ans d’expérience en droit pénal, j’accompagne dirigeants et professionnels à chaque étape de la procédure.

Chaque affaire d’escroquerie est différente. La stratégie de défense dépend des faits, des preuves et du stade de la procédure. Seul un examen approfondi du dossier permet de déterminer les axes les plus porteurs.

Questions fréquentes sur l’escroquerie

Quel est le délai de prescription pour l’escroquerie ?

Le délai est de 6 ans depuis la loi du 27 février 2017. Il court à compter de la remise obtenue par les manœuvres frauduleuses. En cas de dissimulation, le délai peut être reporté avec un plafond de 12 ans (art. 9-1 du code de procédure pénale).

La tentative d’escroquerie est-elle punissable ?

Oui. L’article 313-3 du code pénal prévoit que la tentative d’escroquerie est punie des mêmes peines que l’infraction consommée. Il faut un commencement d’exécution et une absence de désistement volontaire. Consulter un avocat pénaliste est recommandé dès ce stade.

Peut-on aller en prison pour escroquerie ?

Oui, même si ce n’est pas la réponse immédiatement privilégiée. L’escroquerie simple est punie de 5 ans d’emprisonnement. En bande organisée, la peine monte à 10 ans. Le quantum moyen ferme pour l’ensemble des délits est cependant de 11 mois. La peine dépend de la gravité des faits et du casier judiciaire.

L’escroquerie en ligne est-elle plus grave ?

Le code pénal ne prévoit pas de circonstance aggravante spécifique pour l’escroquerie en ligne. Cependant, les manœuvres frauduleuses sur internet sont généralement faciles à caractériser. La création de faux sites constitue un acte matériel suffisant.

Combien coûte un avocat pour une affaire d’escroquerie ?

Les honoraires varient selon la complexité. Pour un dossier courant, il est probable que l’organisation de votre défense nécessite au moins 12.000 euros TTC. Les dossiers complexes impliquant une instruction ou une bande organisée sont plus élevés. Chaque cabinet fixe librement ses honoraires.

Le simple mensonge constitue-t-il une escroquerie ?

Non. Le mensonge seul, même répété, ne suffit pas à caractériser l’escroquerie. Il faut des manœuvres frauduleuses, c’est-à-dire des actes matériels qui donnent force et crédit au mensonge. Cette distinction est un axe de défense fréquent.

Peut-on porter plainte pour escroquerie contre son frère ou sa sœur ?

En principe oui. L’immunité familiale prévue par l’article 313-3 du code pénal est strictement limitée aux ascendants, descendants et au conjoint. Elle ne joue pas entre frères et sœurs. Une plainte pénale resterait alors pleinement recevable. 

Devant quel tribunal est jugée l’escroquerie ?

L’escroquerie est un délit jugé par le tribunal correctionnel. En cas d’escroquerie en bande organisée impliquant un réseau de grande ampleur, les juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) peuvent être compétentes.

Qu'est-ce que l'escroquerie en droit pénal ? Bureau d'un avocat pénaliste, table en verre et métal,  mur blanc commode en bois marron

Pourquoi consulter un avocat pénaliste si vous êtes accusé d’escroquerie ?

En conclusion, l’escroquerie est une infraction grave. Les peines vont de 5 à 10 ans d’emprisonnement selon les circonstances. Mais les axes de défense existent et chaque élément constitutif peut être contesté.

L’absence de manœuvres frauduleuses, le défaut d’intention, la prescription ou les nullités de procédure sont autant de leviers à activer. La clé est d’agir vite et de confier votre défense à un avocat qui connaît cette matière.

J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Fort de plus de 10 ans d’expérience exclusive en droit pénal, j’accompagne dirigeants et professionnels confrontés pour la première fois à une accusation pénale.

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Cet article a été rédigé par le cabinet Feste-Guidon Avocat, avocats pénalistes à Paris et Marseille. Il a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à prendre contact avec le cabinet pour un échange adapté à votre dossier.

Les exemples cités s’inspirent de situations réelles rencontrées par le cabinet. Tous les éléments permettant l’identification ont été modifiés ou supprimés.

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