Recevoir une convocation pour des faits remontant à plusieurs années déclenche une question immédiate : l’affaire n’est-elle pas déjà prescrite ? Cette question vient avant même le lointain souvenir que l’on pourrait chercher.
La prescription de l’action en poursuites pour agression sexuelle obéit à des règles précises qui varient selon l’âge de la victime et la nature des faits.
Dans ma pratique à Paris et à Marseille, la vérification de la prescription tout particulièrement pour ces affaires est systématique. Une défense pénale experte passe d’abord par ce calcul : si l’action publique est éteinte, aucune poursuite n’est plus possible.
Cet article détaille les délais applicables laudélit d’agression sexuelle : régime de droit commun (majeur), régime dérogatoire (mineur), points de départ, causes d’interruption et de suspension, et méthode de calcul.
LES POINTS ESSENTIELS
- Victime majeure : 6 ans, à compter des faits.
- Victime mineure : le délai court à partir de la majorité de la victime, et non de la commission des faits.
- Selon la qualification retenue par le parquet, le délai atteint 10 ou 20 ans pour les agressions sur mineur.
- Tout acte de poursuite interrompt la prescription et fait repartir un nouveau délai.
- La prescription peut être soulevée à tout stade de la procédure.
Qu’est-ce que la prescription en matière d’agression sexuelle ?

Avant de calculer un délai, il faut comprendre ce que la prescription éteint. Beaucoup confondent deux notions différentes : la prescription des poursuites et celle de la peine.
Que signifie « prescription de l’action publique » ?
La prescription de l’action publique éteint le droit de poursuivre lorsqu’un certain délai est passé. Une fois acquise, ni le ministère public ni la victime ne peuvent plus engager de poursuites pénales.
Concrètement, si vous êtes convoqué pour des faits prescrits, votre avocat peut faire constater l’extinction de l’action publique. Le dossier ne va pas plus loin : pas de jugement, pas de condamnation possible.
Le principe est posé aux articles 7 et 8 du Code de procédure pénale (art. 7 CPP pour les crimes, art. 8 CPP pour les délits). L’agression sexuelle étant un délit, c’est l’article 8 qui s’applique.
Quelle différence avec la prescription de la peine ?
La prescription de la peine concerne l’exécution d’une condamnation déjà prononcée, pas le droit de poursuivre. Une personne condamnée qui ne purge jamais sa peine peut voir cette peine se prescrire au bout d’un certain délai. Cela n’a aucun rapport avec la prescription traitée ici.
À retenir : La prescription de l’action publique vise les poursuites avant jugement. Celle de la peine vise l’exécution après jugement. Deux mécanismes indépendants.
Pourquoi des délais différents selon les victimes ?
Le législateur a fixé des délais plus longs lorsque la victime est mineure au moment des faits. La révélation des violences sexuelles intervient souvent tardivement, parfois plusieurs décennies après les faits. Les lois successives de 2004, 2017, 2021 et 2024 ont progressivement ajusté ces délais.
Quel est le délai de prescription si la victime est majeure ?
Lorsque la victime est majeure au moment des faits, le calcul est plus simple. C’est le régime de droit commun des délits qui s’applique.
Quel est le délai de droit commun pour l’agression sexuelle sur majeur ?
L’agression sexuelle sur majeur se prescrit par 6 ans depuis la loi n° 2017-242 du 27 février 2017 (art. 8 CPP). Auparavant, le délai était de 3 ans.
Pour des faits commis le 15 juin 2024, la prescription est en principe acquise le 16 juin 2030, en l’absence d’acte interruptif.
À partir de quand court le délai pour un majeur ?
Le point de départ est en principe le jour de la commission de l’infraction. Pour les agressions répétées relevant d’un même ensemble de faits, le point de départ se situe en pratique au jour de la dernière commission.
Que se passe-t-il pour les faits commis avant la réforme de 2017 ?
Les lois de prescription obéissent à une règle particulière : en cas d’allongement du délai. La loi nouvelle de 2017 s’applique immédiatement aux faits dont la prescription n’était pas encore acquise au jour de son entrée en vigueur.
Des faits commis en 2015 ne se prescrivaient initialement qu’après un délai de 3 ans, soit jusqu’en 2018. La Loi du 27 février 2017 a allongé ce délai à 6 ans avant l’échéance des 3 ans initiaux. Résultat : ces faits se prescrivent en 2021.
En revanche, si la prescription était déjà acquise au moment de la réforme, elle reste définitive : aucune loi nouvelle ne peut la réactiver.
Attention : La date des faits dicte le délai applicable. Pour les affaires anciennes, vérifiez toujours si la prescription était acquise au moment de la réforme.
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Quel est le délai de prescription si la victime est mineure ?
Le régime applicable aux victimes mineures est dérogatoire. Deux aménagements le distinguent du droit commun : un point de départ reculé et des délais allongés, qui varient selon la qualification exacte des faits.
Quand commence à courir le délai pour une victime mineure ?
Le point de départ est reporté à la majorité de la victime, quel que soit l’âge auquel les faits ont été commis (art. 8 al. 2 CPP). Le compteur démarre le jour des 18 ans de la victime, pas le jour des faits.
Quel délai pour une agression sexuelle simple sur mineur ?
L’agression sexuelle simple sur mineur se prescrit par 10 ans à compter de la majorité de la victime (art. 8 al. 2 et 706-47 CPP). La victime peut donc porter plainte jusqu’à ses 28 ans.
Quel délai pour une agression sexuelle aggravée sur mineur ?
Le délai dépend de la nature précise de l’aggravation, dans un régime issu de la loi n° 2018-703 du 3 août 2018.
Pour les agressions sexuelles sur mineur de quinze ans (art. 222-29-1 du Code pénal), le délai est de 20 ans à compter de la majorité (art. 8 al. 3 CPP). La victime peut agir jusqu’à ses 38 ans.
Pour les autres agressions sexuelles aggravées sur mineur, le délai reste de 10 ans à compter de la majorité. La qualification précise commande donc le délai applicable : cette analyse est techniquement délicate et doit toujours être confiée à un avocat.
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter un article dédié aux circonstances aggravantes.
| Situation | Délai | Point de départ |
| Agression sexuelle sur victime majeure | 6 ans | Jour des faits |
| Agression sexuelle simple sur mineur | 10 ans | Majorité de la victime |
| Agression sexuelle sur mineur de 15 ans (art. 222-29-1 CP) | 20 ans | Majorité de la victime |
| Autre Agression sexuelle aggravée sur mineur | 10 ans | Majorité de la victime |
Et pour les crimes sexuels sur mineurs (viol) ?
Le viol constitue un crime, et non un délit. Son régime relève d’un autre article (art. 7 CPP) qui ne sera pas détaillé ici. Pour rappel, le viol sur mineur se prescrit par 30 ans à compter de la majorité depuis la même loi du 3 août 2018.
Ce dernier pourra donc agir devant une juridiction pénale jusqu’à ses 48 ans. La requalification éventuelle de l’agression sexuelle en viol modifie donc complètement le calcul.
Point de procédure : Avant tout calcul, faites préciser par votre avocat sous quelle qualification la procédure est engagée : agression sexuelle simple, agression sexuelle aggravée sur mineur de 15 ans, ou autre.
Comment le délai de prescription peut-il être interrompu ou suspendu ?
Le délai n’est pas un simple compte à rebours figé. Deux mécanismes peuvent le modifier : l’interruption, qui le remet à zéro, et la suspension, qui le met en pause.
Qu’est-ce qu’un acte interruptif de prescription ?
L’interruption est prévue à l’article 9-1 du Code de procédure pénale. Tout acte d’enquête, de poursuite ou d’instruction efface le temps déjà écoulé et fait courir un nouveau délai entier, identique au délai initial.
Pour une agression sexuelle sur majeur (délai de 6 ans), une plainte déposée 4 ans après les faits fait repartir un nouveau délai de 6 ans à compter de l’acte interruptif. Au total, la poursuite reste possible jusqu’à environ 10 ans après les faits.
Quels actes concrets interrompent la prescription ?
- La plainte avec constitution de partie civile devant le juge d’instruction.
- Le réquisitoire introductif du procureur.
- Les auditions, perquisitions, expertises, mandats.
- Les ordonnances jugements et arrêts rendus en cours de procédure.
En revanche, la simple plainte auprès du commissariat sans suite et sans acte d’enquête n’interrompt pas la prescription. C’est l’acte d’enquête, ou la constitution de partie civile qui suit (audition, recueil de témoignage) qui produit l’effet interruptif (Cass. crim., 3 novembre 2020, n°19.81-627).
Quelle différence entre interruption et suspension ?
L’interruption remet le compteur à zéro : un nouveau délai complet recommence. La suspension (prévue à l’article met le compteur en pause (art. 9-3 CPP) : le temps déjà écoulé reste acquis, et le décompte reprend là où il s’était arrêté une fois l’obstacle levé.
Dans quels cas la prescription peut-elle être suspendue ?
Une suspension est possible lorsque survient un obstacle de droit ou de fait insurmontable rendant impossible l’exercice de l’action publique. L’obstacle de droit recouvre par exemple l’immunité parlementaire.
L’obstacle de fait est apprécié plus restrictivement : il doit être véritablement impossible à surmonter : des éléments insurmontables ont dû empêcher le parquet de mettre en mouvement l’action publique.
La question de l’amnésie traumatique post-agression sexuelle comme obstacle insurmontable n’a pour l’instant jamais été accueillies par la jurisprudence comme une circonstance pouvant donner lieu à une suspension de la prescription (Cass. crim., 13 janvier 2021, n° 19-86.509).
Qu’est-ce que la prescription glissante ?
La prescription glissante est un mécanisme introduit par la Loi n° 2021-478 du 21 avril 2021, applicable aux infractions sexuelles commises sur mineur.
Si l’auteur commet une nouvelle infraction sexuelle sur un autre mineur avant l’expiration du délai de l’infraction initiale, la prescription de la première est prolongée jusqu’au terme de celle de la nouvelle. Les actes interruptifs de la nouvelle procédure jouent alors pour les deux affaires.
L’objectif : permettre de juger l’ensemble les faits d’agresseurs en série, y compris ceux échappant à la prescription.
Une simple audition oubliée dans la chronologie peut transformer une affaire que vous pensiez prescrite en affaire encore poursuivable.
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Comment calculer concrètement la prescription dans votre situation ?
Calculer le délai de prescription d’une affaire d’agression sexuelle suit une méthode précise en cinq étapes.
Étape 1 : identifier la qualification exacte des faits.
Avant tout calcul, savoir si les faits sont un délit ou un crime. En cas de doute, consultez la définition de l’agression sexuelle.
Étape 2 : déterminer l’âge de la victime au moment des faits.
Victime majeure : régime de droit commun.
Victime mineure : régime dérogatoire
Étape 3 : fixer le point de départ.
Victime majeure : date des faits.
Victime mineure : jour de ses 18 ans. C’est le point zéro du calcul.
Étape 4 : vérifier les actes d’interruption ou de suspension.
Lister tous les actes de procédure connus dans le dossier : plainte avec ouverture d’enquête, audition, perquisition, ordonnance…. Chaque acte interruptif fait repartir un délai entier à sa date.
Étape 5 : projeter la date d’extinction de l’action publique.
Additionner le délai applicable au point de départ ou au dernier acte interruptif. La date obtenue est celle à partir de laquelle aucune poursuite n’est possible.
Ce qu’il faut faire : Reprendre l’historique dans l’ordre chronologique : date des faits, date de naissance de la victime, dates de tous les actes de procédure connus. Une chronologie précise est la condition d’un calcul fiable.
Que faire si la prescription est acquise dans votre dossier ?
Si le calcul révèle que l’action publique est éteinte, encore faut-il faire valoir cette extinction au bon moment et devant la bonne juridiction. La prescription ne s’applique pas d’office : elle doit être soulevée.
Comment soulever l’exception de prescription ?
L’exception peut être soulevée à tout stade de la procédure : dès la garde à vue, devant le juge d’instruction, le tribunal correctionnel, en appel, et même pour la première fois devant la Chambre criminelle de la Cour de cassation.
Plus elle est invoquée tôt, plus elle évite le coût humain et financier d’une procédure qui n’aurait pas dû prospérer.
« Quand un dossier arrive sur mon bureau pour des faits anciens, la première chose que je fais, c’est sortir une calculette. Vérifier la prescription avant tout, c’est éviter de bâtir une défense complexe alors que l’extinction de l’action publique suffit. C’est un réflexe de méthode, pas une astuce. »
Armand Feste-Guidon
Devant quelle juridiction invoquer la prescription ?
Devant le juge d’instruction, par requête aux fins de constat de prescription (art. 82-3 CPP). Le juge statue par ordonnance, susceptible d’appel devant la Chambre de l’instruction.
Devant le tribunal correctionnel, l’exception est soulevée avant toute défense au fond, en application de l’article 385 CPP.
Quels documents pour démontrer la prescription ?
La démonstration repose sur trois éléments : la date des faits reprochés, la date de naissance de la victime, et l’historique complet des actes de procédure. L’avocat de la défense reconstitue cette chronologie à partir du dossier pour démontrer qu’aucun acte interruptif n’est intervenu dans le délai.
Au-delà du calcul, soulever la prescription s’inscrit dans une stratégie globale. Notre guide de défense en matière d’agression sexuelle détaille comment articuler cette exception avec les autres axes de défense.
Soulever la prescription au bon moment et avec les bons arguments est un acte technique. Un calcul erroné peut faire passer à côté d’une issue favorable.
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Questions fréquentes sur la prescription de l’agression sexuelle
Une plainte tardive pour des faits anciens est-elle toujours possible ?
Oui, tant que le délai n’est pas écoulé. Pour une victime majeure, la plainte reste recevable pendant 6 ans à compter des faits. Pour une victime mineure, elle peut intervenir jusqu’à dix ou vingt ans après la majorité selon la qualification exacte des faits.
Le simple dépôt de plainte interrompt-il la prescription ?
Non, pas automatiquement. C’est l’acte d’enquête qui suit la plainte qui produit un effet interruptif. La plainte avec constitution de partie civile devant le juge d’instruction, en revanche, interrompt immédiatement la prescription.
Peut-on être poursuivi 20 ans après les faits si la victime était mineure ?
Oui, pour une agression sexuelle aggravée sur mineur de quinze ans, le délai est de 20 ans à compter de la majorité. La victime peut donc déposer plainte jusqu’à ses 38 ans. Pour le viol, le délai monte à 30 ans, soit jusqu’à ses 48 ans.
Les délais ont-ils été allongés rétroactivement ?
Pas exactement. Les lois s’appliquent immédiatement aux affaires dont la prescription n’était pas encore acquise. Mais si la prescription était déjà acquise au moment de la réforme, elle reste définitivement acquise. Aucune loi nouvelle ne peut la réactiver.
Que faire si je découvre que les faits qui me sont reprochés sont prescrits ?
Faites immédiatement appel à un avocat. La prescription doit être soulevée formellement par voie d’exception devant la juridiction compétente. Plus elle est invoquée tôt dans la procédure, plus elle évite le poids d’une instruction inutile et coûteuse.
Comment un avocat pénaliste peut-il vous aider face à un dossier prescrit ?
En conclusion, la prescription d’une agression sexuelle n’est pas un détail technique. C’est souvent la première question à examiner dans un dossier pour faits anciens, avant tout autre axe de défense. Un calcul exact peut mettre fin immédiatement aux poursuites.
Avec plus de dix ans d’expérience en droit pénal, j’interviens depuis mes bureaux de Paris et de Marseille sur l’ensemble du territoire français. La vérification de la prescription est systématiquement mon premier réflexe sur un dossier d’agression sexuelle pour faits anciens.