Vous venez d’être entendu en audition libre. À la fin de l’entretien, les enquêteurs vous demandent vos empreintes digitales et une photographie. Pouvez-vous refuser ? Peuvent-ils vous y contraindre ? Dans quels fichiers ces données seront-elles conservées ?
En tant qu’avocat pénaliste intervenant à Paris et à Marseille, je constate que ces questions reviennent systématiquement. Une décision du Conseil constitutionnel de 2023 a censuré la contrainte en audition libre, et le ministère de l'Intérieur en a tiré les conséquences pour les services d'enquête. La situation est toutefois moins simple qu'il n'y paraît.
Aucune contrainte n’est en principe possible en audition libre mais ce sont des questions stratégiques. Et c’est le type de conseil de défense pénale qui change concrètement sa situation et potentiellement son avenir.
Pour une vision d’ensemble de la procédure, consultez notre guide sur le déroulement de l’audition libre.
LES POINTS ESSENTIELS
- En audition libre, on ne peut pas vous
contraindre. Mais un refus n'est pas sans conséquence : il peut conduire à un placement en garde à vue Le refus de donner ses empreintes est un délit puni d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende- Le fichier TAJ enregistre vos données dès la mise en cause, même sans condamnation — et n’apparaît pas sur votre casier judiciaire.
- Après un classement sans suite ou une relaxe, vous pouvez demander l’effacement de vos données au procureur de la République.
Qu’est-ce que la prise d’empreintes et de photo en audition libre ?

La « signalisation » désigne l’ensemble des opérations d’identification effectuées par les enquêteurs. Elle comprend le relevé de vos empreintes digitales (les dix doigts) et la prise de photographies (face et profil). Ces données permettent d’alimenter les fichiers de police.
Dans quels cas peut-on vous demander vos empreintes ?
La prise d’empreintes est possible dès lors qu’il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que vous avez commis une infraction (art. 55-1 CPP). L'officier de police judiciaire décide de procéder ou non à la signalisation, mais sa décision doit désormais être écrite et motivée. Cette pièce figure au dossier et peut être discutée.
Concrètement, la signalisation intervient généralement à la fin de l’audition. Les enquêteurs vous conduisent vers un local équipé d’un scanner d’empreintes et d’un appareil photo.
Peut-on refuser la prise d’empreintes en audition libre ?
En principe non mais les enquêteurs ne peuvent pas vous y contraindre, sauf en vous plaçant en garde à vue. C'est la conséquence directe d’une décision du Conseil constitutionnel du 10 février 2023 [Cons. const., 10 février 2023, n° 2022-1034 QPC].
Pourquoi la contrainte est-elle interdite en audition libre ?
L’audition libre repose sur un principe fondamental : l’absence de contrainte. Vous êtes entendu librement et vous pouvez quitter les locaux à tout moment (art. 61-1 CPP). Le Conseil constitutionnel a jugé que permettre la contrainte pour la prise d’empreintes était incompatible avec ce régime puisque la contrainte n’est possible qu’en garde à vue.
Concrètement, les mots « 61-1 ou » figurant à l’article 55-1 CPP ont été déclarés contraires à la Constitution : ils permettaient d’appliquer la contrainte aux personnes en audition libre, ce qui contredit le caractère « libre » de l’audition.
Ces mots n’ont toutefois jamais été retirés du texte, qui a même été réécrit à deux reprises depuis. Interrogé sur la portée de la décision, le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’il ne peut plus être recouru à la contrainte à l’égard d’une personne entendue sous le régime de l’audition libre… et qu’il faut alors prendre une mesure de garde à vue si les conditions en sont réunies [réponse à la question écrite n° 6704, JO AN 17 octobre 2023, p. 9211].
La situation est heureusement rare mais cela semble être la position officielle transmise aux services.
À retenir – En audition libre, les enquêteurs ne peuvent pas vous retenir. Mais si les faits reprochés le permettent, ils peuvent décider de vous placer en garde à vue : la contrainte devient alors possible, et c'est précisément ce que recommande la doctrine officielle en cas de refus. C'est pourquoi la présence d'un avocat dès l'audition libre est déterminante.
Vous avez une question sur une audition libre ? Contactez le cabinet.
Attention – Cette solution ne fonctionne qu’en audition libre. En garde à vue, le régime est différent : le refus constitue un délit et la contrainte peut être autorisée par le procureur. Assurez-vous de bien connaître votre statut procédural.
Quelle différence entre audition libre et garde à vue pour les empreintes ?
La distinction est fondamentale. Le régime de la prise d’empreintes diffère totalement selon que vous êtes en audition libre ou en garde à vue. Voici un tableau comparatif clair.
| Critère | Audition libre | Garde à vue |
| Refus possible ? | Nouveau délit (1 an, 15 000 €) | Nouveau délit (1 an, 15 000 €) |
| Contrainte possible ? | Non (inconstitutionnel) | Oui, sur autorisation du procureur |
| Droit de partir ? | Oui, à tout moment | Non, maintien à disposition |
| Base juridique | Art. 61-1 CPP + QPC 2023 | Art. 55-1 et 63 CPP |
Qu’est-ce que le fichier TAJ et quelles données y sont enregistrées ?
Le TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires) est le fichier national regroupant les informations sur les personnes mises en cause dans des procédures pénales. Il résulte de la fusion des anciens fichiers STIC (police) et JUDEX (gendarmerie) depuis 2012 (art. 230-6 CPP).
Attention ! Le fichier TAJ n’a rien à voir avec votre casier judiciaire qui enregistre les condamnations prononcées par les juridictions pénales.
Quelles informations contient votre fiche TAJ ?
Votre fiche TAJ comprend votre identité complète, votre photographie, vos empreintes digitales, la nature des faits reprochés et les suites judiciaires. Point crucial : l’inscription intervient dès la mise en cause, même sans condamnation.
Qui peut consulter le fichier TAJ ?
Le TAJ est accessible aux services de police et de gendarmerie pour les enquêtes judiciaires. Les magistrats y ont également accès.
Plus problématique : les préfectures consultent le TAJ lors des enquêtes administratives pour les emplois sensibles (art. R40-29 CPP).
Bon à savoir – Le fichage TAJ n’apparaît pas sur votre casier judiciaire. Votre employeur actuel ne peut pas y accéder directement. En revanche, un fichage peut bloquer l’accès à certains emplois sensibles.
Combien de temps vos données sont-elles conservées au TAJ ?
Les durées de conservation varient selon la gravité des faits et l’âge de la personne (art. R40-27 CPP ; art. R634-1 CJPM). Ces durées s’appliquent même en cas de classement sans suite (art. 230-8 CPP). C’est pourquoi la demande d’effacement peut être essentielle.
| DUREES DE CONSERVATION AU TAJ | ||
| Situation | Majeur | Mineur |
| Délit | 20 ans | 5 à 10 ans |
| Crime | 40 ans | 20 ans |
Comment demander l’effacement de vos données du fichier TAJ ?
La demande d’effacement du TAJ est un droit. Après un classement sans suite, un non-lieu ou une relaxe, vous pouvez demander la suppression de vos données. Cette démarche est essentielle pour éviter des conséquences sur votre vie professionnelle.
Après un classement sans suite, les démarches d’effacement s’inscrivent dans un contexte plus large. Notre article sur les suites possibles après une audition libre détaille toutes les issues.
La procédure d’effacement en 3 étapes
Étape 1 : Demande au procureur de la République – Adressez un courrier recommandé au procureur du tribunal ayant traité votre affaire. Joignez la copie de la décision favorable. Accompagnez votre courrier de la copie de votre pièce d’identité.
Étape 2 : Délai de réponse – Le procureur dispose de 2 mois pour répondre (art. R40-31-1 CPP). L’absence de réponse vaut rejet implicite.
Étape 3 : Recours devant le président de la chambre de l’instruction – En cas de refus d’effacement, ou d’absence de réponse, vous disposez d’un mois pour saisir soit le président de la chambre de l’instruction de la juridiction, soit celui de la cour d’appel de Paris.
Vous souhaitez demander l’effacement de vos données au TAJ ? Contactez le cabinet
Quelle différence entre le fichier TAJ et le fichier FNAEG ?
Le FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) est distinct du TAJ. Il contient les profils ADN, pas les empreintes digitales. Le prélèvement ADN s’effectue par frottis buccal et concerne une liste limitative d’infractions (art. 706-54 CPP).
Le refus de prélèvement ADN constitue un délit puni d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende (art. 706-56 CPP). Le Conseil constitutionnel a validé ce dispositif [Cons. const., 16 septembre 2010, n° 2010-25 QPC]. Depuis, la jurisprudence impose au juge de vérifier, au cas par cas, que le prélèvement était réellement nécessaire : à défaut, une condamnation pour refus pourrait être écartée.
En pratique – Dans mon expérience de plus de 10 ans, le prélèvement FNAEG est systématiquement demandé pour les infractions sexuelles et les atteintes à la personne. Pour les infractions économiques, il reste plus rare.
Quelle différence entre le fichier TAJ et le FIJAISV ?
Le FIJAISV (Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infractions Sexuelles ou Violentes) est un fichier spécialisé, distinct du TAJ. Il ne recense pas tous les mis en cause : il vise exclusivement les auteurs d’infractions sexuelles ou violentes listées à l’article 706-47 du code de procédure pénale.
La différence essentielle tient aux effets. Le TAJ est un fichier passif : il renseigne les enquêteurs sans imposer d’obligation à la personne fichée.
Le FIJAISV est actif : la personne inscrite doit déclarer son adresse dans les 15 jours, puis la renouveler chaque année. Tout changement d’adresse doit être signalé dans le même délai (art. 706-53-5 CPP).
Le non-respect de ces obligations est puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende (art. 706-53-7 CPP).
Questions fréquentes sur les empreintes et le fichage TAJ
Le ne peuvent pas vous retenir. En revanche, refuser reste un délit et peut conduire à un placement en garde à vue. Ce n'est donc pas une décision à prendre sans avocat.
Non, le TAJ et le casier judiciaire sont bien deux fichiers distincts. Le casier judiciaire ne recense que les condamnations devenues définitives. À l’inverse, le TAJ enregistre les mises en cause, y compris lorsqu’elles n’ont donné lieu à aucune condamnation.
En garde à vue, le refus constitue un délit puni d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. Ce qui change en garde à vue, c'est la possibilité d'une contrainte.
Le procureur dispose de 2 mois pour répondre. En cas de refus et de recours, comptez 6 à 12 mois supplémentaires. L’accompagnement d’un avocat vous permet de sécuriser au maximum la procédure.
Non pas tout à fait, et c’est surprenant. La nouvelle version de l’article 55-1 CPP (entrée en vigueur le 22 novembre 2023) contient toujours la référence à l’audition libre censurée par le Conseil constitutionnel malgré les nombreuses modifications législatives.

Peut-on refuser la prise d’empreintes lors d’une audition libre ?
En audition libre, personne ne peut vous forcer la main. Les enquêteurs ne peuvent pas vous retenir, et ils ne peuvent pas prendre vos empreintes de force.
Mais refuser n’est pas un geste sans suite. Le refus reste une infraction, et il peut conduire les enquêteurs à changer de cadre en vous plaçant en garde à vue — où la contrainte, elle, devient possible.
Autrement dit : vous avez un droit, mais l’exercer se prépare. C’est une décision à prendre avec un avocat, pas seul face à un officier de police judiciaire.
J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français pour vous accompagner lors de vos auditions et dans vos démarches d’effacement du TAJ.
Vous avez une question sur la prise de vos empreintes ? Contactez le cabinet