Agression sexuelle : FIJAIS et casier, que reste-t-il ?

Sommaire

Une condamnation pour agression sexuelle ne s’arrête pas à la peine principale. Elle déclenche un dispositif postpénal durable : inscription au FIJAIS, mentions au casier judiciaire, peines complémentaires, suivi socio-judiciaire. Pour beaucoup de condamnés, cette «vie d’après» pèse très lourd alors qu’ils ne le savaient pas.

L’inscription d’une personne au FIJAIS implique son maintien dans le fichier pour 20 à 30 ans selon la gravité des faits. Le casier judiciaire conserve la trace de la condamnation, avec un accès qui varie selon le bulletin consulté. C’est dans ces dispositifs que mon expérience en droit pénal m’a appris l’importance d’anticiper dès la phase de jugement.

J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Du côté des victimes, ces dispositifs répondent à un objectif de prévention et de traçabilité. Du côté du condamné, ils structurent la vie quotidienne pour des années.

Cet article détaille la mécanique du FIJAIS, les mentions au casier, les peines complémentaires et les voies de retrait. Pour la vue d’ensemble de l’infraction, vous pouvez consulter notre article sur la condamnation pour agression sexuelle.

LES POINTS ESSENTIELS

  • L’inscription au FIJAIS dure 20 ans pour un délit, 30 ans pour un crime.
  • Le condamné doit déclarer son adresse et toute modification, sous peine de sanction pénale.
  • Une demande de retrait anticipé est juridiquement possible.
  • L’agression sexuelle reste sur le B2, le retrait de droit commun ne s’applique pas.
  • Les peines complémentaires (interdictions professionnelles, suivi socio-judiciaire) pèsent durablement.

Qu’est-ce que le FIJAIS et qui y est inscrit après une agression sexuelle ?

FIJAIS et casier après agression sexuelle ; cabinet Feste-Guidon, avocat pénaliste, fauteuil velours jaune près de la table.

Beaucoup de condamnés découvrent l’existence du FIJAIS au moment du prononcé de la peine. C’est pourtant l’un des dispositifs les plus structurants de l’après-jugement.

Que signifie l’acronyme FIJAIS et à quoi sert ce fichier ?

FIJAIS désigne le Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infractions Sexuelles ou violentes (art. 706-53-1 et suivants du CPP). Il a été créé pour prévenir la récidive et faciliter l’identification des auteurs d’infractions sexuelles.

Le FIJAIS centralise l’identité, l’adresse et les coordonnées des personnes inscrites. Il est consultable par les autorités judiciaires, administratives et de police dans des cas précisément encadrés par la loi.

Toute condamnation pour agression sexuelle entraîne-t-elle inscription au FIJAIS ?

Oui. Les personnes condamnées pour agression sexuelle sont concernées (article 706-53-2 du CPP). Sont également inscrites les personnes mises en examen et placées sous contrôle judiciaire pour ces faits.

L’inscription cesse en cas de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement. Elle est en revanche maintenue dès lors qu’une condamnation devient définitive.

Qui peut consulter le FIJAIS ?

L’accès est strictement encadré. Les autorités judiciaires, les services de police et de gendarmerie, certaines administrations habilitées peuvent consulter le fichier dans le cadre de leurs missions. Un employeur privé n’y a pas accès.

L’enjeu se mesure à l’échelle des chiffres : 9 723 délinquants sexuels ont été condamnés en 2024 [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 18].

Bon à savoir : Le FIJAIS et le casier judiciaire sont deux fichiers distincts. L’inscription au FIJAIS ne fait pas disparaître la mention au casier, et inversement.

Condamnation et FIJAIS ? Contactez le cabinet

Combien de temps reste-t-on inscrit au FIJAIS après une agression sexuelle ?

La première question d’un condamné est presque toujours : combien de temps. La réponse dépend de la qualification retenue et de la peine prononcée.

Nature de l’infractionDurée d’inscriptionPoint de départ
Agression sexuelle délictuelle (cas standard)20 ansFin de la peine
Agression sexuelle aggravée (crime et délit puni de 10ans)30 ansFin de la peine
Mise en examen sous contrôle judiciaireDurée de la mesureInscription provisoire si elle est suivie d’une décision de non-lieu, relaxe ou acquittement

Quelle est la durée d’inscription pour une agression sexuelle délictuelle ?

Pour un délit d’agression sexuelle dit « simple » (l’article 222-27 du Code pénal), la durée légale d’inscription est de 20 ans (art. 706-53-4 du CPP).

Quelle est la durée d’inscription en cas d’agression sexuelle aggravée ?

Lorsque l’infraction est qualifiée de crime ou réprimée par une peine de plus de 10 ans, la durée d’inscription passe à 30 ans. Le détail des circonstances qui déclenchent ce régime aggravé figure dans notre article dédié sur les circonstances aggravantes de l’agression sexuelle.

Le temps d’inscription court-il à partir de la condamnation ou de la libération ?

Le point de départ est la date de condamnation. Attention néanmoins, si la condamnation était une peine de prison sans sursis, le point de départ est la fin de la peine. Concrètement, le compteur démarre à la sortie de détention ou à la fin de la peine exécutée.

Quelles obligations pèsent sur la personne inscrite au FIJAIS ?

L’inscription au FIJAIS impose une discipline administrative continue.

Un manquement n’est pas anecdotique : et constitue un délit autonome puni d’emprisonnement.

Quelles sont les obligations de déclaration et de présentation ?

La personne inscrite doit justifier de son adresse et signaler tout changement (art. 706-53-5 du CPP). Elle doit également se présenter périodiquement auprès d’un commissariat ou d’une gendarmerie pour confirmer ses coordonnées.

La fréquence des présentations varie selon la gravité de l’infraction (art. 706-53-6 CPP) : annuelle en principe, semestrielle voire mensuelle pour les condamnations les plus graves.

Que risque-t-on en cas de manquement aux obligations FIJAIS ?

L’absence de déclaration ou de présentation constitue un délit puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Ce délit est autonome : il s’ajoute à la peine déjà exécutée pour l’infraction initiale.

Dans la pratique, c’est l’oubli ou la négligence qui crée ces dossiers, plus rarement une volonté délibérée. La rigueur administrative est essentielle.

Comment les obligations sont-elles modulées selon la gravité de l’infraction ?

Plus la peine prononcée est lourde, plus la fréquence des présentations est rapprochée. Une agression sexuelle aggravée suivie d’une peine supérieure à 5 ans peut conduire à une présentation mensuelle.

Attention : Un déménagement non déclaré, un voyage prolongé à l’étranger sans signalement : chaque oubli peut constituer un délit sanctionné pénalement.

Peut-on demander à sortir du FIJAIS avant le terme ?

Beaucoup de condamnés ignorent qu’une voie de retrait anticipé existe. C’est pourtant un levier juridique réel, encadré par l’article 706-53-10 du CPP.

À qui s’adresse la demande de retrait du FIJAIS ?

La demande est formée devant le procureur de la République. En cas de refus, elle peut être portée devant le juge des libertés et de la détention, puis, sur appel, devant la chambre de l’instruction. C’est une procédure échelonnée, qui suppose préparation et méthode.

Quels sont les critères examinés par le juge ?

Le juge apprécie si la conservation des données n’est plus nécessaire au regard de la finalité du fichier qui est de prévenir la récidive. Le requérant doit donc démontrer la disparition du risque, par des éléments concrets et vérifiables.

Sont notamment examinés : ancienneté des faits, le comportement depuis la condamnation, un suivi thérapeutique éventuel, la stabilité professionnelle et familiale, l’absence de procédure ultérieure.

Bien entendu, il est difficile d’obtenir la demande de retrait, les juridictions ayant néanmoins à l’esprit le taux de récidive des délits sexuels (7,2 %) [Ministère de la Justice, Chiffres Clés de la Justice 2025, p.21].

Quels sont les recours en cas de refus ?

Le refus du procureur peut être contesté devant le président de la chambre de l’instruction (art. 706-53-10 Code pénal). Une nouvelle demande pourra par ailleurs être formée à l’expiration d’un délai.

Attention, inutile de faire un recours si la demande si un de ces critères n’est pas rempli :

–       La procédure judiciaire au cours de laquelle l’inscription a eu lieu est toujours en cours

–       La personne n’a pas été réhabilitée

–       La mesure à l’origine de l’inscription figure encore sur le bulletin n°1 du casier judiciaire

Ce qu’il faut faire : Anticiper la demande de retrait : rassembler les pièces sur l’évolution personnelle (emploi, suivi, stabilité familiale), documenter chaque élément, et construire le dossier avec un avocat avant tout dépôt.

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Quelles mentions apparaissent au casier judiciaire après une condamnation pour agression sexuelle ?

Le casier judiciaire est l’autre dispositif structurant. Il se décompose en trois bulletins, chacun avec un accès différent : B1, B2, B3. Pour les agressions sexuelles, le législateur a prévu un verrou particulier.

Quelle différence entre les bulletins B1, B2 et B3 ?

Le bulletin n° 1 (B1) est le plus complet : il contient toutes les condamnations et n’est accessible qu’aux autorités judiciaires. Le bulletin n° 2 (B2) est réservé à certaines administrations et employeurs publics. Le bulletin n° 3 (B3) est le seul délivré à la personne elle-même ; il ne mentionne que les condamnations les plus graves.

La condamnation apparaît-elle automatiquement au B3 du condamné ?

Pas toujours. Le B3 ne porte que les condamnations supérieures à 2ans d’emprisonnement sans sursis, ou prononcées avec interdiction expresse de mention. Une condamnation pour agression sexuelle peut donc figurer ou non sur le B3 selon le quantum et la décision du tribunal.

Peut-on obtenir l’effacement de la mention au casier ?

C’est ici que le droit a posé un verrou spécifique.

Normalement, le Tribunal peut expressément exclure une mention du B2. Néanmoins, cela est expressément exclu pour les condamnations pour agression sexuelle (à l’exception de l’exhibition et du harcèlement – art. 775-1 du CPP). Le retrait de droit commun ne s’applique donc pas.

Une voie subsiste via l’article 775-2 du CPP, qui permet une demande judiciaire d’effacement après un délai de 20ans. Elle est rare et soumise à des conditions strictes.

Attention : L’agression sexuelle reste,  en principe, non effaçable du B2. C’est un point central qui conditionne l’accès ultérieur à certaines professions et fonctions.

Quelles peines complémentaires accompagnent souvent la condamnation pour agression sexuelle ?

La peine principale n’est qu’une partie de la condamnation. Les peines complémentaires structurent la vie d’après sur des années. Pour le panorama complet des peines, voir les peines encourues pour agression sexuelle.

Quelles interdictions professionnelles peuvent être prononcées ?

Le tribunal peut prononcer une interdiction d’exercer une fonction publique ou une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs (art. 222-45 du Code pénal). L’interdiction peut être définitive ou temporaire.

Concrètement, sont concernés : enseignants, encadrants sportifs, animateurs, professionnels de santé intervenant auprès d’enfants, etc. C’est l’une des peines complémentaires les plus lourdes en termes de conséquences professionnelles.

En quoi consistent le suivi socio-judiciaire et l’injonction de soins ?

Le suivi socio-judiciaire (art. 222-48-1 du Code pénal) impose des obligations après l’exécution de la peine principale : obligation de soins, interdictions de paraitre dans certains lieux, de contracteur un type d’emploi. Il peut être assorti d’une injonction de soins lorsqu’une expertise médicale conclut à sa pertinence.

Cette mesure peut s’étendre sur dix ans, voire vingt ans pour les crimes. Le non-respect des obligations entraîne une peine d’emprisonnement subsidiaire prévue par la décision initiale.

Les droits civiques peuvent-ils être retirés ?

Le tribunal peut prononcer la privation des droits civiques, civils et de famille (art. 222-44 du Code pénal) : droit de vote, droit d’éligibilité, droit de témoigner en justice, droit d’être tuteur. Cette peine est plus rarement prononcée mais elle existe dans l’arsenal.

Questions fréquentes sur le FIJAIS et le casier après une agression sexuelle

Peut-on être inscrit au FIJAIS sans condamnation définitive ?

Oui. L’inscription est possible dès la mise en examen avec placement sous contrôle judiciaire. Elle cesse automatiquement en cas de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement. Une condamnation définitive maintient l’inscription pour la durée légale.

L’inscription au FIJAIS apparaît-elle au casier judiciaire ?

Non. Le FIJAIS et le casier judiciaire sont deux fichiers distincts, avec des finalités différentes. Le FIJAIS est un outil de prévention et d’identification ; le casier conserve les condamnations. Les deux peuvent coexister sans se cumuler en un seul document.

Un employeur peut-il avoir accès au FIJAIS ?

Un employeur privé n’a pas accès au FIJAIS. L’accès est limité aux autorités judiciaires, administratives et de police habilitées. Certaines administrations peuvent toutefois interroger le fichier dans le cadre de procédures de recrutement strictement encadrées par la loi.

Le sursis efface-t-il l’inscription au FIJAIS ?

Non. Le sursis ne dispense pas de l’inscription dès lors que l’infraction y donne lieu. C’est la nature de l’infraction et le quantum prononcé qui déclenchent l’inscription, indépendamment de l’exécution effective de la peine d’emprisonnement.

Peut-on demander un effacement du B2 plus tard ?

La voie de droit commun de retrait du B2 ne s’applique pas aux agressions sexuelles. Une voie restrictive existe via une demande judiciaire spécifique, soumise à des conditions strictes. Le succès n’est jamais acquis ; chaque demande doit être construite avec un avocat.

Comment un avocat pénaliste peut-il vous accompagner sur les suites d’une condamnation ?

En conclusion, une condamnation pour agression sexuelle déclenche un dispositif post-pénal complexe et durable. L’enjeu n’est pas seulement la peine principale : ce sont les années qui suivent, avec leurs obligations, leurs interdictions et leurs voies de sortie.

Anticiper le FIJAIS et les peines complémentaires dès la phase de jugement, préparer une éventuelle demande de retrait quand le contexte le permet, gérer les obligations courantes : chacun de ces points appelle une méthode juridique. Fort de plus de 10 ans de pratique en droit pénal, j’interviens depuis mes bureaux de Marseille et Paris sur l’ensemble du territoire français.

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Cet article a été rédigé par le cabinet Feste-Guidon Avocat, avocats pénalistes à Paris et Marseille. Il a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à prendre contact avec le cabinet pour un échange adapté à votre dossier.

Les exemples cités s’inspirent de situations réelles rencontrées par le cabinet. Tous les éléments permettant l’identification ont été modifiés ou supprimés.

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