Une convocation au commissariat, une plainte déposée contre vous, une garde à vue programmée : la procédure pour agression sexuelle suit un parcours codé qui peut s’étendre sur plusieurs années.
L’agression sexuelle est un délit jugé par le Tribunal correctionnel, distinct du viol qui relève de la Cour d’assises ou de la Cour criminelle départementale. Les peines sont néanmoins très élevées et il faut bien comprendre la procédure.
Cet article décrit chaque étape : ouverture de l’enquête, garde à vue ou audition libre, suites données par le parquet, instruction, juridiction compétente, audience de jugement et voies de recours. En tant qu’avocat en droit pénal, j’accompagne depuis plus de 10 ans les personnes mises en cause, depuis mes bureaux de Paris et de Marseille, sur l’ensemble du territoire.
Pour comprendre l’infraction d’agression sexuelle dans son ensemble (définition, peines, défense), consultez notre guide pilier.
LES POINTS ESSENTIELS
- La procédure débute par une plainte (simple ou avec constitution de partie civile) ou un signalement.
- Vous allez avoir connaissance de l’existence d’une enquête par une garde à vue (24h + 24h) ou une audition libre. Le régime dérogatoire de 96h ne s’applique pas à l’agression sexuelle.
- Le parquet peut classer, ouvrir une information judiciaire ou citer directement. L’ouverture d’une instruction est fréquente en matière d’agression sexuelle.
- Le Tribunal correctionnel statuant de manière collégiale, juge l’agression sexuelle.
- Le huis clos peut être demandé par la victime.
- L’appel est ouvert dans les 10 jours du jugement.
Comment débute la procédure pour agression sexuelle ?

Vous découvrez qu’une plainte a été déposée ou qu’une convocation va vous parvenir. La procédure peut s’ouvrir de trois manières, qu’il faut distinguer car elles n’entraînent pas les mêmes suites.
Pour les éléments constitutifs de l’infraction, voyez la définition juridique de l’agression sexuelle.
Que se passe-t-il après le dépôt de plainte ?
La plainte est reçue par les services de police ou de gendarmerie, qui sont tenus de l’enregistrer (art. 15-3 CPP). Elle peut également être adressée directement au procureur de la République.
Une enquête préliminaire est alors ouverte, sous le contrôle du procureur de la République. En cas de flagrance, l’enquête est menée sous le régime spécifique de la flagrance pour une durée initiale de huit jours ininterrompus.
Les services enquêteurs procèdent aux premiers actes : audition de la plaignante, recueil de pièces, parfois examen médical de la personne mise en cause (art. 706-47-1 CPP). Vous pouvez être convoqué ensuite, soit en audition libre, soit en garde à vue selon les éléments à charge réunis.
Le parquet décide ensuite de l’orientation. En 2024, 69% des affaires de violences sexuelles traitées par les parquets on fait l’objet d’un classement sans suite, pour affaire non poursuivable [Références statistiques justice 2025, p.146].
Comment le parquet peut-il être informé ?
La voie la plus fréquente est la plainte simple, qui peut être déposée dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie, voire directement auprès du procureur. La plainte avec constitution de partie civile (art. 85 CPP) saisit directement un juge d’instruction ; elle suppose un classement préalable ou un délai d’inertie du parquet de trois mois.
En outre, l’article 40 du Code de procédure pénale impose aux fonctionnaires et à certaines professions (médecins, services sociaux, écoles) de signaler les faits dont ils ont connaissance dans l’exercice de leurs fonctions. Ce signalement vaut saisine du parquet, indépendamment de toute plainte de la victime.
Bon à savoir : Le régime spécifique des infractions sexuelles prévoit notamment l’expertise médico-psychologique de la victime et l’enregistrement audiovisuel des auditions de mineurs, ainsi que la possibilité de contraindre l’auteur à procéder à des examens afin de s’assurer qu’il n’est pas atteint d’une maladie sexuellement transmissible.
Comment se déroule l’enquête (garde à vue ou audition libre) ?
Vous êtes convoqué ou interpellé. Deux régimes principaux s’appliquent : l’audition libre et la garde à vue (qui va vous maintenir sous la contrainte). Dans les deux cas, vous êtes une personne soupçonnée.
Lors d’une garde à vue, vous êtes privé de votre liberté pendant un temps limité mais vous avez notamment droit à un avocat et à garder le silence (art. 62-2 et s. CPP). Vous avez les mêmes droits lors d’un audition libre sauf que vous êtes libre de partie à tout moment (art. 61-1 CPP).
Quelle est la durée maximale de la garde à vue en agression sexuelle ?
La durée initiale est de 24 heures (art. 63 CPP). Elle peut être prolongée de 24 heures supplémentaires sur autorisation du procureur de la République ou du juge des libertés et de la détention, soit 48 heures au total.
Le régime dérogatoire de 96 heures prévu pour la criminalité organisée ou le terrorisme ne s’applique pas à l’agression sexuelle, qui demeure un délit. Seul le crime de viol pourrait, dans certaines hypothèses (criminalité organisée), ouvrir un régime de garde à vue spécialement prolongée. Pour un panorama complet, consultez le déroulé complet d’une garde à vue.
« Mes clients mélangent souvent les deux régimes : ils craignent 96 heures alors qu’ils sont sous le régime des 48 heures maximum. L’extension au-delà de 48 heures concerne uniquement certains cas aggravés de viols (criminalité organisée). »
Armand Feste-Guidon
Quels droits avez-vous en garde à vue ou en audition libre ?
En garde à vue, vous bénéficiez du droit à l’assistance d’un avocat dès le placement, du droit de garder le silence, du droit à un examen médical, et du droit de faire prévenir un proche. En audition libre, vous bénéficiez du droit de quitter les lieux et du droit à l’assistance d’un avocat.
L’enquête peut comporter des perquisitions, des saisies, des prélèvements ADN, des réquisitions de téléphonie, des confrontations. Les expertises médico-psychologiques de la victime et du mis en cause sont fréquentes en matière d’agression sexuelle.
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Quelles sont les suites données par le parquet ?
À l’issue de l’enquête, le procureur dispose d’un pouvoir d’opportunité des poursuites (art. 40-1 CPP). Il choisit librement, parmi plusieurs voies, celle qui lui paraît la plus adaptée aux éléments réunis.
Les quatre voies principales sont le classement sans suite, l’alternative aux poursuites (rappel à la loi, médiation — art. 41-1 à 41-3 CPP), l’ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge d’instruction (art. 79 et s. CPP) et la citation directe ou convocation par procès-verbal devant le tribunal correctionnel.
Pour l’articulation avec les délais de prescription, l’engagement des poursuites interrompt la prescription de l’action publique. Le choix de la voie procédurale a donc une incidence directe sur la temporalité.
Pourquoi le parquet ouvre-t-il souvent une instruction en matière d’agression sexuelle ?
Les affaires d’agression sexuelle reposent fréquemment sur une parole contre une parole, avec peu d’éléments matériels. Les expertises médico-psychologiques, les recoupements et la confrontation des déclarations supposent un travail approfondi qui dépasse les prérogatives de l’enquête préliminaire.
Le juge d’instruction dispose d’outils plus larges : commissions rogatoires, mandats, mise en examen, contrôle judiciaire, détention provisoire. La complexité probatoire des dossiers d’agression sexuelle pousse souvent le parquet à saisir un juge d’instruction plutôt qu’à délivrer une citation directe.
Comment se déroule l’instruction pour agression sexuelle ?
Une fois saisi par le parquet, le juge d’instruction doit instruire à charge et à décharge (art. 80 et s. CPP). Il est très courant que le juge d’instruction vous fasse d’abord entendre en garde à vue par les gendarmes ou les policiers. Cela a notamment pour avantage de ne pas vous donner l’accès au dossier.
Ensuite, vous pourrez être présenté devant lui pour un interrogatoire de première comparution. Il pourra alors décider de vous placer sous les statut de témoin assisté (moins incriminant) ou de mis en examen (plus incriminant). Cette présentation devant le juge d’instruction suppose la présence de votre avocat (art. 116 CPP).
Pour une approche dédiée à la stratégie de défense, voyez les axes de défense possibles.
Pouvez-vous être placé en détention provisoire pour agression sexuelle ?
Oui, sous conditions. L’article 144 du Code de procédure pénale énumère les motifs limitatifs : conservation des preuves, pression sur les témoins ou victimes, concertation entre coauteurs, protection du mis en examen, mise à fin du trouble à l’ordre public, garantie de représentation en justice. La peine encourue (5, 7 ou 10 ans selon les circonstances aggravantes) ouvre la possibilité du placement en détention provisoire.
Au 1er janvier 2025, on comptait 20 779 prévenus en détention provisoire, soit 26 % de la population détenue [CGLPL, Rapport 2025]. Le contrôle judiciaire est l’alternative la plus fréquente en matière d’agression sexuelle, avec des obligations courantes : pointage, interdiction de contact avec la partie civile, interdiction de paraître dans certains lieux, suivi médical ou psychologique.
Quels actes d’instruction peuvent être ordonnés ?
Le juge d’instruction peut ordonner toutes les mesures utiles à la manifestation de la vérité : auditions des parties civiles, témoins, mis en examen ; confrontations ; expertises médico-psychologiques (art. 706-47-2 CPP permet d’imposer un examen médical au mis en cause) ; perquisitions ; commissions rogatoires.
À l’issue de l’instruction, le juge rend une ordonnance de règlement (art. 175 CPP) : non-lieu, renvoi devant le Tribunal correctionnel, ou mise en accusation devant la Cour d’assises si les faits sont requalifiés en viol.
Attention : La détention provisoire en matière d’agression sexuelle n’est pas automatique. Le juge des libertés et de la détention statue par ordonnance motivée, susceptible d’appel devant la Chambre de l’instruction dans les 10 jours.
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Quelle juridiction juge les agressions sexuelles ?
L’agression sexuelle constitue un délit. À ce titre, elle relève de la compétence du Tribunal correctionnel (art. 381 CPP), qu’il s’agisse de la forme simple punie de 5 ans ou des formes aggravées punies jusqu’à 10 ans.
Le Tribunal correctionnel est saisi par citation directe, par convocation par procès-verbal délivrée par le procureur, ou par ordonnance de renvoi du juge d’instruction (art. 388 CPP). L’article 398-1 du Code de procédure pénale ne permet pas le recours au juge unique en matière d’agression sexuelle : le Tribunal statue obligatoirement en formation collégiale de trois magistrats.
Le procès est-il public ou à huis clos en agression sexuelle ?
Le principe demeure celui de la publicité des débats. L’article 306 du Code de procédure pénale prévoit toutefois une règle spécifique aux infractions sexuelles : le huis clos est de droit lorsque la partie civile, victime d’une agression sexuelle, en fait la demande. C’est elle qui décide, pas le Tribunal.
Le huis clos partiel est également possible (audition de la victime, des mineurs), la présence du public est alors exclue pour certains moments de l’audience seulement. Le prononcé du jugement reste, lui, public.
En 2024, 4421 affaires ont été poursuivies devant le Tribunal correctionnel pour agressions sexuelles [Références statistiques justice 2025, p.146].
Comment se déroule l’audience de jugement ?
L’audience suit un déroulé prévue par les articles 406 et suivants du Code de procédure pénale. Après l’appel des parties et la vérification de l’identité du prévenu, le Président procède à l’interrogatoire du prévenu sur les faits, puis entend la partie civile, les témoins et les experts.
Le ministère public développe ses réquisitions. La partie civile prend ensuite la parole. L’avocat de la défense plaide. Le prévenu a la parole en dernier (art. 460 CPP). Le Tribunal rend son jugement, soit immédiatement, soit en mettant l’affaire en délibéré (art. 462 CPP).
Quelle est la place de la parole de la victime à l’audience ?
La victime, partie civile, dispose d’un statut spécifique. Elle est entendue sur les faits et sur le préjudice, peut être assistée d’un avocat et solliciter le huis clos.
Sa parole constitue souvent une pièce centrale du dossier en matière d’agression sexuelle, mais elle est soumise aux principes du contradictoire et de la libre appréciation par le tribunal des éléments de preuve qui lui sont apportés (art. 427 CPP).
Pour le détail des peines susceptibles d’être prononcées à l’issue du jugement, voyez les peines encourues pour agression sexuelle.
Quelles sont les voies de recours après le jugement ?
L’appel est ouvert au prévenu, à la partie civile et au ministère public dans un délai de 10 jours à compter du jugement ou de sa signification (art. 498 CPP). Il suspend l’exécution de la peine sauf en cas de mandat de dépôt à l’audience (art. 498-1 CPP). La Cour d’appel statue en formation collégiale et peut confirmer, infirmer ou réformer le jugement (art. 515 CPP).
Le pourvoi en cassation est ouvert dans un délai de cinq jours après la signification de l’arrêt d’appel (art. 574-2 CPP). Il se limite aux questions de droit, sans nouvel examen des faits.
Questions fréquentes sur la procédure pour agression sexuelle
Combien de temps dure une procédure pour agression sexuelle ?
De quelques mois (citation directe) à plusieurs années (instruction + jugement + appel). En moyenne, comptez 18 à 36 mois entre la plainte et le jugement de première instance. Plus la procédure est complexe (expertises, parties multiples), plus elle s’allonge.
Puis-je être confronté à la plaignante pendant l’enquête ?
La confrontation est possible mais pas automatique. En enquête, c’est l’enquêteur qui décide. En instruction, c’est le juge — souvent sur demande de l’une des parties ou de l’avocat. Elle peut se tenir par visioconférence à la demande de la victime.
Mon nom va-t-il apparaître dans la presse ?
Tant que vous n’êtes pas condamné, le secret de l’enquête protège théoriquement votre identité. En pratique, la presse peut publier votre nom si elle l’apprend. Le huis clos à l’audience limite le risque, mais ne supprime pas toute exposition.
Que se passe-t-il si je ne réponds pas à une convocation ?
Une convocation nécessite de s’y rendre. Sinon les forces de police pourront venir vous chercher par la force. En revanche, avant de vous y rendre, contactez un avocat pour comprendre et préparer l’audition.
Puis-je obtenir un classement sans suite ?
Le classement sans suite est une décision du parquet, pas une demande directe du mis en cause. Votre avocat peut adresser au parquet des observations écrites motivées (faiblesse des charges, prescription, absence d’élément constitutif) pour orienter cette décision avant poursuite.
Pourquoi se faire assister d’un avocat à chaque étape de la procédure pour agression sexuelle ?
En conclusion, la procédure d’agression sexuelle est longue, technique et à fort enjeu réputationnel. Chaque étape conditionne la suivante. Une intervention tardive de la défense réduit la marge de manœuvre.
Avec plus de 10 ans d’expérience en droit pénal, dont une pratique dédiée à la défense des professionnels, j’accompagne les personnes mises en cause depuis mes bureaux de Paris et de Marseille, sur l’ensemble du territoire français.