Vous êtes convoqué pour une affaire d’agression sexuelle et la première question qui se pose est presque toujours la même : quelle peine je risque ?
Les peines de l’agression sexuelles prévues par le code pénal vont de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende pour la forme simple à 10 ans et 150 000 € en cas de cumul de circonstances aggravantes.
Dans ma pratique à Paris et à Marseille, je vous souvent combien on oublie aussi les peines complémentaires et l’inscription au FIJAIS qui peuvent changer la vie après la condamnation.
En tant qu’avocat pénaliste confronté à des affaires de moeurs, j’accompagne des personnes qui découvrent la procédure. Cet article traite des peines de base, les circonstances aggravantes communes (auteur, circonstances), les peines complémentaires, le FIJAIS, la tentative et la complicité.
Celles liées à la qualité de la victime (mineur, personne vulnérable, inceste) sont traitées dans un article dédié. Pour le panorama complet, consultez le guide pilier que risque-t-on pour une agression sexuelle.
LES POINTS ESSENTIELS
- Agression sexuelle « simple » : 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.
- Aggravantes communes (auteur, arme, plusieurs auteurs, drogue) : 7 ans et 100 000 €.
- Cumul de circonstances aggravantes : 10 ans et 150 000 €.
- Peines complémentaires lourdes : suivi socio-judiciaire, injonction de soins, interdictions professionnelles, FIJAIS.
- La tentative est punie des mêmes peines que l’infraction consommée.
Quelles sont les peines de base pour une agression sexuelle ?

Vous voulez savoir ce que dit la loi avant tout autre débat sur votre dossier. Le quantum maximum encouru est le point de départ de toute stratégie de défense.
Quelle peine risque-t-on pour une agression sexuelle simple ?
L’article 222-27 du code pénal prévoit que les agressions sexuelles autres que le viol sont punies de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Ce texte fixe la peine maximale pour la forme non aggravée et pour le délit « de base » : le juge choisit la peine effective selon les faits, la personnalité et le contexte.
L’agression sexuelle est en effet un délit jugé par le tribunal correctionnel, distinct du viol qui relève de la cour criminelle départementale ou de la cour d’assises.
Que représentent ces sanctions dans la pratique judiciaire ?
En 2024, les tribunaux ont prononcé 9 723 condamnations pour délits sexuels [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 18]. Ce chiffre englobe l’ensemble des délits sexuels (agressions sexuelles, exhibition, harcèlement sexuel, atteintes sexuelles), pas uniquement les agressions sexuelles au sens strict.
À titre d’ordre de grandeur, 254 537 peines d’emprisonnement ont été prononcées en 2024 toutes infractions confondues [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés de la Justice 2025, p. 20].
Une peine d’emprisonnement ferme est-elle systématique ?
Non. Le principe d’individualisation des peines posé par l’article 132-19 du code pénal interdit toute peine automatique. Le tribunal motive sa décision au regard de la gravité des faits, de la personnalité du prévenu et de sa situation matérielle, familiale et sociale.
Pour un primo-délinquant et des faits sans circonstance aggravante, un sursis probatoire (anciennement sursis avec mise à l’épreuve) reste fréquent. Une peine mixte associant partie ferme et sursis est également courante dès que la gravité le justifie.
Bien entendu, cela sous-entend que l’infraction n’est pas prescripte. Les délais varient selon la qualité de la victime et la nature des faits, pour le détail voyez notre article sur les délais de prescription.
« Mes clients arrivent souvent avec le chiffre de 5 ans en tête, persuadés qu’il s’agit de la peine qui va leur tomber dessus. C’est en réalité le plafond, jamais la moyenne. Toute la défense consiste à ramener le juge à la réalité du dossier, à la personnalité du prévenu et au contexte des faits. »
Armand Feste-Guidon
Comprendre le quantum maximal est un point de départ. Les circonstances aggravantes peuvent toutefois faire basculer la peine bien au-delà.
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Dans quels cas la peine d’agression sexuelle est-elle alourdie ?
Toute agression sexuelle n’est pas réprimée de la même façon. Le code pénal prévoit d’abord plusieurs infractions distinctes selon la victime (agression « simple » de l’article 222-27, l’agression sur personne vulnérable (222-29), l’agression sur mineur de 15 ans (222-29-1), l’agression incestueuse sur mineur (222-29-2)…), chacune punie de peines différentes, allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement.
À cela s’ajoutent des circonstances aggravantes, qui viennent alourdir la peine lorsque l’auteur, la victime ou les conditions de commission présentent une particularité (lien familial, abus d’autorité, pluralité d’auteurs, usage d’une arme…).
Ces circonstances, prévues par l’article 222-28 du code pénal, s’appliquent à l’agression sexuelle « simple » : lorsqu’elles sont retenues, la peine passe de 5 à 7 ans d’emprisonnement et de 75 000 € à 100 000 € d’amende.
Un mécanisme comparable existe pour l’agression sexuelle commise sur une personne vulnérable : l’article 222-30 du code pénal prévoit ses propres circonstances aggravantes (quasiment similaires à celles de l’article 222-28). Lorsqu’elles sont retenues, la peine passe de 7 à 10 ans d’emprisonnement et de 100 000 € à 150 000 € d’amende.
Y a-t-il une circonstance aggravante en cas d’agression sexuelle sur un professionnel de santé ?
Oui. L’article 222-28 prévoit depuis 2025 que l’agression sexuelle commise sur un professionnel de santé durant l’exercice de son activité constitue une circonstance aggravante autonome. La peine passe donc de cinq à sept ans d’emprisonnement, avec une amende portée à 100 000 euros.
Concrètement, cela vise tout praticien exerçant au moment des faits : médecin, infirmier, aide-soignant, kinésithérapeute, sage-femme. Le contexte typique est celui d’une consultation, d’un examen clinique, d’un soin à domicile ou d’une hospitalisation. La plainte émane le plus souvent du soignant lui-même, parfois plusieurs semaines après les faits.
Dans quels cas la manière d’agir alourdit-elle la peine ?
L’article 222-28 vise une série de circonstances matérielles : agression commise par plusieurs auteurs ou complices agissant de concert, usage ou menace d’une arme, blessures, présence d’un mineur, ou utilisation d’un réseau de télécommunication pour entrer en contact avec la victime (réseaux sociaux, applications de rencontre).
La loi 2018-703 du 3 août 2018 a ajouté une circonstance aggravante dédiée à la soumission chimique, c’est-à-dire l’administration de substances (GHB, médicaments détournés) destinées à altérer le discernement de la victime. C’est aujourd’hui l’un des leviers les plus utilisés par le ministère public dans les dossiers contemporains.
Quand la qualité de la victime alourdit-elle la peine ?
La loi 2025-623 du 9 juillet 2025 a renforcé la répression en créant une aggravation spécifique lorsque l’infraction est commise sur un professionnel de santé durant l’exercice de son activité.
S’agissant des victimes mineures ou vulnérables, des infractions à part entière réprime les agressions à leur égard.
Quelle peine en cas d’agression aggravée sur personne vulnérable ?
L’article 222-30 du code pénal ne concerne pas n’importe quel cumul de circonstances aggravantes : il s’applique spécifiquement à l’infraction de l’article 222-29 c’est-à-dire à une agression sexuelle commise sur une personne particulièrement vulnérable.
Lorsque cette agression sur personne vulnérable est en outre commise avec usage ou menace d’une arme, par plusieurs auteurs, avec soumission chimique, par une personne ayant autorité sur la victime, etc, la peine passe de 7 ans à 10 ans d’emprisonnement et de 100 000 € à 150 000 € d’amende.
Quelles peines complémentaires peuvent s’ajouter à la peine principale ?
La peine d’emprisonnement et l’amende ne sont qu’une partie de la sanction. Les peines complémentaires sont souvent celles qui ont le plus d’impact concret sur la vie quotidienne après la condamnation.
En quoi consiste le suivi socio-judiciaire ?
Le suivi socio-judiciaire est prévu par l’article 222-48-1 du code pénal. Il oblige la personne condamnée à se soumettre à des mesures de surveillance et d’assistance après sa libération, sous le contrôle du juge de l’application des peines.
Sa durée peut aller jusqu’à 10 ans en matière délictuelle. En pratique, il est devenu la règle plutôt que l’exception en matière d’agression sexuelle, même pour les primo-délinquants.
Qu’est-ce que l’injonction de soins ?
L’injonction de soins (art. 131-36-4 CP) est le volet médical du suivi socio-judiciaire. Elle est prononcée par le tribunal lorsqu’une expertise a constaté qu’un suivi thérapeutique est possible. La personne condamnée doit consulter un médecin coordonnateur et suivre les soins prescrits. Le refus peut entraîner la mise à exécution de l’emprisonnement encouru en cas de manquement.
Quelles interdictions professionnelles peuvent être prononcées ?
L’article 222-44 du code pénal permet entre autres au tribunal de prononcer l’interdiction d’exercer la fonction publique ou l’activité professionnelle dans le cadre de laquelle l’infraction a été commise.
L’article 222-45 du code pénal permet en outre au juge de prononcer la déchéance des droits civiques, civils et de famille, l’interdiction d’exercer une fonction publique ou encore une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact avec des mineurs.
Pour un professionnel de santé, un cadre dirigeant ou un enseignant, ces sanctions peuvent purement et simplement mettre fin à la carrière.
Bon à savoir : Les peines complémentaires ne sont pas automatiques. Le tribunal doit les prononcer expressément et les motiver. La défense peut, pièce par pièce, contester chaque peine complémentaire au regard de la situation professionnelle et personnelle du prévenu.
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Quelles sont les conséquences post-condamnation : FIJAIS et casier ?
Une fois la peine prononcée, la sanction continue de produire des effets pendant plusieurs années. Le FIJAIS et le casier judiciaire en sont les deux outils principaux.
L’inscription au FIJAIS est-elle automatique ?
Le Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) est régi par les articles 706-47 et suivants du code de procédure pénale.
Pour les délits concernés et punis d’une peine d’emprisonnement égale à cinq ans (ce qui correspond à l’agression sexuelle « simple ») l’article 706-53-2 prévoit que la décision est inscrite au fichier.
Il faut une décision contraire spécialement motivée de la juridiction ou du procureur de la République lorsque l’inscription résulte d’une composition pénale ou d’une déclaration d’irresponsabilité pénale. Bien entendu, cela est particulièrement difficile à obtenir.
Pour les autres délits d’agression sexuelle ou en cas d’aggravation, l’inscription est systématique.
L’inscription emporte des obligations périodiques de justification d’adresse, dont la méconnaissance constitue elle-même un délit. Pour les modalités pratiques et la durée d’inscription, voyez l’inscription au FIJAIS et le casier.
Quelle inscription au casier judiciaire ?
La condamnation est inscrite au casier judiciaire (art. 768 et s. du code de procédure pénale). Le bulletin n°2, communiqué à certaines administrations et employeurs, mentionne la plupart des condamnations : il fait obstacle à l’exercice de certaines professions régulées (santé, éducation, et fonction publique principalement).
Que dit la pratique sur la récidive en matière sexuelle ?
Les données nationales montrent que la récidive légale en matière de délit sexuel s’élève à 7,2 %, et la réitération à 14,1 %, soit un total de 21,3 % [Source : Ministère de la Justice, Chiffres Clés de la Justice 2025].
Ces chiffres expliquent pourquoi le législateur encadre fortement l’après-condamnation par le suivi socio-judiciaire, l’injonction de soins et le FIJAIS. L’objectif affiché est la prévention de la récidive, pas la stigmatisation du condamné.
Quelles peines en cas de tentative ou de complicité ?
Vous êtes mis en cause non pour des faits consommés mais pour une tentative, ou comme complice. La loi répond clairement : les peines applicables sont en principe les mêmes que pour l’infraction principale.
La tentative d’agression sexuelle est-elle punissable ?
Oui. L’article 222-31 du code pénal prévoit expressément que la tentative des délits prévus aux articles 222-27 et suivants est punie des mêmes peines que l’infraction consommée.
La tentative suppose un commencement d’exécution interrompu par une circonstance indépendante de la volonté de l’auteur. La discussion porte donc souvent sur la qualification : commencement d’exécution ou simples actes préparatoires ?
Pour les éléments constitutifs, voyez la définition de l’agression sexuelle.
Quelles peines pour le complice ?
L’article 121-7 du code pénal pose le principe selon lequel le complice est puni comme auteur de l’infraction. La complicité entraîne donc la même peine que l’auteur principal.
En pratique, la qualification de complicité reste relativement rare en matière d’agression sexuelle : les hypothèses de plusieurs auteurs agissant de concert relèvent plutôt de la circonstance aggravante de l’article 222-28.
Synthèse : tableau récapitulatif des peines applicables
Le tableau ci-dessous synthétise les peines principales selon l’hypothèse retenue. Il permet de visualiser rapidement la progression du quantum encouru en fonction des aggravantes.
| Hypothèse | Texte | Peine principale |
| Agression sexuelle simple | 222-27 CP | 5 ans + 75 000 € |
| Agression sexuelle simple + circonstances aggravantes | 222-28 CP | 7 ans + 100 000 € |
| Agression sexuelle sur victime vulnérable (infraction à part entière) | 222-29 CP | 7 ans + 100 000 € |
| Agression sexuelle sur victime vulnérable + circonstances aggravantes | 222-30 CP | 10 ans + 150 000 € |
| Agression sexuelle sur victime mineure de 15 ans (infraction à part entière) | 10 ans + 150 000 € | |
| Agression sexuelle sur victime mineure de 15 ans + différence d’âge de 5 ans (infraction à part entière) | 222-29-2 CP | 10 ans + 150 000 € |
| Agression sexuelle incestueuse sur mineur (infraction à part entière) | 222-29-3 CP | 10 ans + 150 000 € |
| Tentative d’agression sexuelle | 222-31 CP | Mêmes peines que l’infraction consommée |
Les circonstances aggravantes liées à la qualité de la victime (mineur, personne vulnérable, inceste) méritent un développement spécifique : voyez un article dédié aux circonstances aggravantes à ce sujet.
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Questions fréquentes sur les peines d’agression sexuelle
Une condamnation pour agression sexuelle implique-t-elle automatiquement la prison ferme ?
Non. Le principe d’individualisation interdit toute peine automatique. Selon les faits et la personnalité du prévenu, le tribunal peut prononcer un sursis probatoire, une peine mixte avec partie ferme et partie sursis, ou une peine aménageable dès le prononcé.
À partir de quel quantum un sursis avec mise à l’épreuve devient-il rare ?
Plus le quantum prononcé est élevé, plus la part de sursis se réduit. À partir de plusieurs années d’emprisonnement, une partie ferme devient la règle. Le sursis intégral reste possible mais doit être spécialement motivé.
Peut-on obtenir un aménagement de peine pour une agression sexuelle ?
Oui, sous conditions. Pour une peine d’emprisonnement égale ou inférieure à un an ferme, un aménagement (détention à domicile sous surveillance électronique, semi-liberté, placement extérieur) reste accessible.
L’injonction de soins est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas automatique. Elle est prononcée par le tribunal après expertise constatant qu’un suivi thérapeutique est possible. En pratique, elle accompagne très souvent le suivi socio-judiciaire en matière d’infractions sexuelles.
Combien de temps reste-t-on inscrit au FIJAIS ?
La durée dépend de la peine prononcée et du type d’infraction, de quelques années à plusieurs décennies pour les peines les plus lourdes. Les modalités précises sont détaillées dans l’article dédié au FIJAIS.
Comment un avocat pénaliste peut-il limiter la peine encourue ?
En conclusion, les peines de l’agression sexuelle vont de 5 ans pour la forme simple à 10 ans selon les circonstances de commission de l’infraction. Le suivi socio-judiciaire, les interdictions professionnelles et l’inscription au FIJAIS s’y ajoutent et déterminent la réalité de la sanction au-delà du seul quantum maximal.
Avec plus de 10 ans d’expérience en droit pénal, je travaille la qualification, les circonstances aggravantes retenues et l’individualisation de la peine pour ramener le dossier à sa juste mesure. Depuis mes bureaux de Paris et de Marseille, j’interviens sur l’ensemble du territoire français.