Vous venez de sortir de garde à vue. Les portes du commissariat se referment derrière vous. Et maintenant ?
Cette question, des milliers de personnes se la posent chaque année. En tant qu’avocat pénaliste intervenant à Paris et à Marseille depuis plus de 10 ans, j’accompagne régulièrement des clients dans cette période d’incertitude.
La fin d’une garde à vue n’est pas la fin de l’histoire. 6 issues différentes peuvent suivre votre libération. Chacune a des conséquences distinctes sur votre avenir.
Cet article couvre 3 dimensions essentielles : 1. les suites judiciaires possibles, 2. les conséquences administratives concrètes, 3. l’impact psychologique souvent négligé.

Quelles sont les 6 issues possibles à la fin d’une garde à vue ?
À l’issue de votre garde à vue, le procureur de la République décide de votre sort. Six orientations sont possibles. Votre avocat doit vous les expliquer clairement.
| Issue | Délais | Conséquences | Textes |
| Classement sans suite | Immédiat à quelques mois | Pas de poursuites | (art. 40-1 CPP) |
| COPJ | 3 à 12 mois | Audience correctionnelle | art. 390-1 |
| CRPC | Quelques mois | Peine négociée | (art. 495-7 CPP) |
| Comparution immédiate | 24-48 heures | Jugement rapide ou contrôle judiciaire/détention provisoire | (art. 395 CPP) |
| CPPVCJ | Entre 10 jours et 6 mois | Contrôle judiciaire dans l’attente de l’audience correctionnelle | (art. 394 CPP) |
| Déferrement devant JI | Immédiat | Information judiciaire + contrôle judiciaire/détention provisoire | (art. 80 CPP) |
Et si vous souhaitez en savoir plus : consultez notre guide complet sur la garde à vue.
Le classement sans suite : pas de poursuites
Le classement sans suite signifie que le procureur renonce à vous poursuivre. C’est l’issue la plus favorable. Vous ne serez pas jugé pour ces faits.
Plusieurs motifs peuvent justifier cette décision. L’infraction peut être insuffisamment caractérisée. Les preuves peuvent manquer. Le procureur peut aussi estimer que les poursuites ne sont pas opportunes.
La convocation par officier de police judiciaire (COPJ)
La COPJ est le mode de poursuite le plus courant. En 2024, 104 150 convocations par OPJ ont été délivrées [Source : Chiffres Clés Justice 2025, p.15]. Vous recevez une convocation pour comparaître devant le tribunal correctionnel.
Le délai varie souvent de 3 à 12 mois selon les juridictions. Ce temps vous permet de préparer votre défense. Vous restez libre jusqu’à l’audience.
La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC)
La CRPC est souvent appelée « plaider coupable à la française ». Le procureur vous propose une peine. Si vous l’acceptez, un juge l’homologue. En 2024, 120 728 CRPC ont été prononcées [Source : Chiffres Clés Justice 2025, p.15].
Cette voie suppose de reconnaître les faits. En échange, la peine proposée est généralement inférieure à celle encourue en jugement classique.
Attention : Accepter une CRPC implique de reconnaître sa culpabilité. Vous pouvez demander à réfléchir pendant 10 jours.
La comparution immédiate : jugement dans les 24-48 heures
La comparution immédiate concerne les affaires graves ou simples à juger. En 2024, 59 891 comparutions immédiates ont eu lieu [Source : Chiffres Clés Justice 2025, p.15]. Vous êtes présenté au tribunal sous 24 à 48 heures.
Vous avez le droit de demander à être jugé plus tard. Dans ma pratique, je recommande très souvent ce report pour préparer une défense sérieuse.
Le délai de préparation proposé par la loi est d’au moins 4 semaines. Toutefois, l’audience devra se tenir dans un délai maximal de 10 semaines à compter de la première convocation, (art. 397-1 CPP).
Le déferrement devant le juge d’instruction
Si votre affaire est complexe, le procureur peut décider de la confier au juge d’instruction. Une information (ou « instruction ») judiciaire est alors ouverte. En 2024, 28 144 personnes ont été mises en examen [Source : Chiffres Clés Justice 2025, p.16].
Le juge peut vous placer sous contrôle judiciaire ou demander votre placement en détention provisoire. La durée médiane d’une instruction est de 29 mois [Source : Chiffres Clés Justice 2025, p.16].
Comment comprendre la décision du procureur ?
Le procureur de la République dispose d’un pouvoir d’appréciation. C’est le principe de l’opportunité des poursuites (art. 40-1 CPP). Plusieurs critères guident sa décision.
La gravité des faits joue un rôle majeur. Les preuves disponibles orientent également la décision. Vos antécédents judiciaires sont consultés. Enfin, la politique pénale locale peut influencer les choix du parquet.
En 2024, sur l’ensemble des affaires présentées au procureur, 86,5% ont reçu une réponse pénale. Autrement dit, seules 13,5% des affaires ont fait l’objet d’un classement sans suite. Ainsi, la grande majorité des affaires avec auteur identifié reçoit une suite.
Que signifie vraiment un classement sans suite après garde à vue ?
Classement sans suite = innocence ?
Non. Le classement sans suite n’est pas une déclaration d’innocence. C’est une décision administrative du procureur. Il estime simplement que les poursuites ne sont pas justifiées.
Seul un jugement de relaxe ou d’acquittement établit juridiquement votre innocence. Le classement laisse la question en suspens.
Peut-on être poursuivi plus tard après un classement sans suite ?
Oui. Tant que l’action publique n’est pas prescrite, le procureur peut revenir sur sa décision. De nouveaux éléments de preuve peuvent justifier une réouverture d’enquête.
Un délit se prescrit par 6 ans. Un crime se prescrit par 20 ans. Certaines infractions sont imprescriptibles.
À retenir : Un classement sans suite n’est jamais définitif tant que l’infraction n’est pas prescrite. Conservez tous vos documents de défense.
Quelles sont les conséquences immédiates d’une garde à vue sur votre vie ?
Impact sur votre emploi
Votre absence au travail pendant la garde à vue pose question. Vous n’êtes pas obligés d’ informer votre employeur du motif réel de votre absence.
La garde à vue seule ne justifie pas un licenciement. Seule une condamnation pénale peut entraîner des conséquences professionnelles directes.
Casier judiciaire : qu’est-ce qui y figure vraiment ?
La garde à vue n’apparaît pas au casier judiciaire. Seules les condamnations y sont inscrites. Tant que vous n’êtes pas condamné, votre casier reste vierge.
Fichiers de police : TAJ, FNAEG, FAED
Attention ! Contrairement au casier, les fichiers de police conservent la trace de votre garde à vue. Le TAJ enregistre votre identité et les faits reprochés. Le FNAEG conserve vos empreintes génétiques. Le FAED stocke vos empreintes digitales.
Ces fichiers conservent vos données pendant 20 à 40 ans selon les cas. Vous pouvez en demander l’effacement auprès du procureur. En cas de classement sans suite, cette demande a des chances d’aboutir.
Le traumatisme post-garde à vue : un impact souvent ignoré
Une garde à vue laisse des traces psychologiques. Même en cas de classement sans suite. Ce sujet reste tabou, mais mérite d’être abordé.
Les symptômes fréquents après une garde à vue
Troubles du sommeil, anxiété, sentiment de honte : ces réactions sont courantes. Certains de mes clients développent une hypervigilance.
La privation de liberté est un choc psychologique majeur que l’on ait quelque chose à se reprocher ou non.
Quand consulter un professionnel de santé mentale ?
Si vos symptômes persistent au-delà de deux semaines ou que votre votre vie quotidienne est affectez, n’hésitez pas à aller consulter. Un médecin traitant, un psychologue ou un psychiatre peuvent vous aider.
Les premières actions à entreprendre après votre libération
Dans les premières heures : récupérer vos effets personnels
À votre sortie, on vous remet vos effets personnels. Vérifiez que tout est présent. On vous remet également un document attestant de votre garde à vue.
Contacter un avocat même en cas de classement sans suite
Même en cas de classement sans suite, il est pertinent de consulter un avocat. Il vérifie la régularité de la procédure. Il anticipe une éventuelle convocation future.
La Cour de cassation, sorte de Cour suprême française, a ainsi jugé qu’une garde à vue est irrégulière si le procès-verbal omet de mentionner l’heure d’information donnée procureur [Cass. crim., 6 mars 2024, n° 22-80.895]. Cette illégalité sera identifiée par votre avocat.
Bon à savoir : Vous pouvez demander à consulter le dossier un an après votre garde à vue (art. 77-2 CPP).
Documenter votre expérience
Notez tout pendant que votre mémoire est fraîche. Dates, heures, noms des intervenants. Ces notes seront précieuses pour votre avocat (si vous n’étiez pas assisté).
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Questions fréquentes après une garde à vue
Que se passe-t-il après une garde à vue ?
6 issues sont possibles : classement sans suite, convocation par OPJ, CRPC, comparution immédiate, convocation par procès-verbal avec contrôle judicaire, ou déferrement devant le juge d’instruction. Le procureur décide selon la gravité des faits.
Est-ce que la garde à vue apparaît sur le casier judiciaire ?
Non. Le casier judiciaire ne mentionne que les condamnations pénales. Une garde à vue sans condamnation ne laisse aucune trace sur votre casier.
Combien de temps après une garde à vue peut-on être convoqué ?
Le délai varie selon le mode de poursuite. Une comparution immédiate intervient sous 24-48 heures. Une COPJ arrive généralement 3 à 12 mois plus tard. Une CPPVCJ entre 10 jours et 6 mois.
C’est quoi un classement sans suite ?
Le classement sans suite est une décision du procureur de ne pas poursuivre. Ce n’est pas une déclaration d’innocence. De nouveaux éléments peuvent rouvrir le dossier.
Combien de temps reste-t-on inscrit dans les fichiers de police ?
Les durées varient selon le fichier. Le TAJ conserve les données 20 ans pour un délit, 40 ans pour un crime. Vous pouvez demander l’effacement auprès du procureur.

Conclusion
La fin d’une garde à vue ouvre une période d’incertitude. 6 issues judiciaires sont possibles. Les conséquences touchent votre vie professionnelle et vos fichiers de police.
Ne restez pas seul face à ces questions. Un avocat pénaliste vous accompagne sur ces trois dimensions : juridique, administrative et humaine.
J’interviens depuis mes bureaux de Paris et Marseille sur l’ensemble du territoire français. Avec plus de 10 ans d’expérience en droit pénal, je vous accompagne à chaque étape.